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Un nouveau capitalisme ? *

Par Alain Hayot,

Ce que les « experts » pensaient « impensable » s’est produit. Trump est élu. Posons-nous les bonnes questions et apportons des réponses utiles à notre combat.

Ecartons d’emblée une originalité américaine. Ce qui atteint les USA  nous touche également, je dirai même que l’Europe a donné le ton avec le « Brexit ». Il faut néanmoins comprendre ce qui se passe outre atlantique. Depuis plusieurs années deux Amériques s’affrontent : celle qui a bâti le modèle issu de la conquête de l’ouest contre les amérindiens et construit « le rêve américain » à l’aide de l’esclavage des noirs et de l’exploitation des immigrations venues de partout. Une Amérique majoritairement blanche et masculine, croyante et nationaliste, raciste et xénophobe, fière de sa domination sur le monde. C’est le déclassement de cette Amérique qui a permis à Trump  en agitant les peurs et les haines, de gagner. Est-ce pour autant « le dernier tour de piste des hommes blancs en colère » (Michaël Moore) ?

On pourrait le penser car « une autre Amérique vient, portée par la montée en puissance des minorités et l’ouverture culturelle de la nouvelle génération, les « millénials ». Jeune, métissée, progressiste c’est elle qui a élu Obama, qui a fait le succès de Sanders. » (Christophe Deroubaix). Mais cette Amérique, déçue par Obama, ne s’est pas sentie représentée par Hillary Clinton. Son intégrité douteuse, son appartenance à l’élite libérale pour qui le social s’inscrit dans les limites fixées par Wall Street, les a rebutés.

Mais si Trump n’est pas le représentant du peuple qu’il prétend être, ni les pauvres ni les jeunes n’ont voté pour lui, sa victoire ne peut être seulement perçue comme le baroud d’honneur d’une Amérique blanche désespérée. Elle est aussi le symptôme d’une contre-offensive réactionnaire qui nous concerne au premier chef. Le discours de Trump est aussi celui de Le Pen, de Sarkozy et de quelques autres qui sont chez nous aux portes du pouvoir et son triomphe va leur donner des ailes. Si on ajoute à cela les mouvements politiques qui portent les Poutine, Erdogan, Orban et bien d’autres de par le monde, nous pouvons sérieusement nous poser une question : sommes-nous en train d’assister à l’émergence d’un nouveau paradigme intellectuel et politique pour un capitalisme atteint de plein fouet par une crise de confiance à l’égard d’une globalisation financière sans visage piétinant les peuples et la nature, comme  d’une démocratie corrompue et à bout de souffle.

Ce paradigme peut se définir comme une nouvelle forme de totalitarisme combinant globalisation financière et nationalisme identitaire, étatisme et concurrence sauvage, productivisme et obscurantisme culturel, intégrisme religieux, sexisme et haine de l’autre. C’est un néo-populisme destiné à renouer les liens entre le capitalisme et les peuples afin de les maintenir dans une servitude volontaire à l’ordre inégalitaire. Il prolifère dans le monde en captant les pulsions identitaires et les replis sur soi générés par le déclassement social et la peur de l’autre. Le danger est immense pour les libertés et la paix dans le monde.

Le populisme est l’idéologie de ceux qui prétendent parler au nom du peuple tout en lui refusant le droit de se constituer en acteur politique de sa propre histoire. En cela il profite de la faiblesse d’une alternative progressiste et citoyenne, celle d’une gauche divisée et en miettes intellectuellement et politiquement.  C’est elle que la victoire de Trump devrait alerter.

·        * Chronique à paraître dans le quotidien « La Marseillaise » du samedi 12 novembre.

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