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Le 16 mars. La Marseillaise refait son look

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Le PCF et la Fête de l’Huma : la revue de Presse

Christine Taubira : « La gauche risque de disparaître, et pour un moment

Libération du 12 septembre 2016

L’ex-garde des Sceaux met en garde contre les divisions et les ambitions personnelles. Elle appelle les «maisons» de la gauche à rassembler leurs forces, et annonce qu’elle va s’engager fortement dans la campagne.

Discrète depuis sa sortie du gouvernement, Christiane Taubira sort du silence. On la retrouve dans un petit bureau de sa maison d’édition. A la question, «Est-ce que la vie est belle ?» l’ex-garde des Sceaux rigole et répond, «Pourquoi, ça n’a pas l’air d’aller ?» Entretien entre rires et colère. Depuis votre départ du gouvernement, vous êtes en retrait de la politique. Vu de loin, la politique vous apparaît-elle comme quelque chose de futile ou au contraire d’essentiel ? J’ai eu un engagement trop long pour penser que la politique soit futile. J’ai eu la chance d’avoir en responsabilité un ministère régalien et de pouvoir agir : on est concrètement confronté à la conception que l’on a de l’Etat, à celle que l’on a du service public. Aujourd’hui, j’ai pris du recul par rapport aux disputes publiques, pas par rapport à la politique. Depuis le début du mois de février, je n’ai pas cessé d’aller à la rencontre de publics très différents et de parler de sujets profondément politiques. Qu’avez-vous fait concrètement depuis janvier ? Je suis intervenue pratiquement dans toutes les grandes écoles et universités, j’ai participé à des réunions publiques, je suis allée dans les lycées, j’ai rencontré des militants de toute la gauche, mais aussi des avocats, des magistrats… Je le fais parce que c’est une façon très concrète de mettre ensemble des intelligences, croiser des expériences différentes ou proches et d’en tirer enseignement. La difficulté aujourd’hui, c’est l’emprise que nous pouvons avoir sur notre destin collectif. Cette emprise est d’autant plus incertaine qu’on comprend mal ce qui nous arrive. J’éprouve un sentiment d’urgence. Je vois bien à quel point est grand le besoin de comprendre ce que nous sommes, ce que nous voulons continuer d’être et ce que nous voulons devenir. Au vu de ces déplacements, comment va la France ? La France, je la connais bien depuis longtemps. Franchement, je suis inquiète et, en même temps, j’ai encore une grande confiance dans ce pays. C’est un pays que j’ai beaucoup idéalisé quand j’étais enfant et adolescente. Et ce qu’il y a de merveilleux, c’est que ce pays que j’ai idéalisé, je le rencontre. Je rencontre ce pays de génie, qui est attaché de façon parfois presque extravagante (rires) à la liberté. C’est un pays où les gens peuvent se mettre à organiser des débats, à s’énerver, à se disputer sur des questions comme les libertés individuelles. Il y a un vrai génie collectif, de même sur la devise républicaine : un pays qui croit à l’égalité affiche sa fraternité. Je retrouve un pays qui ose considérer qu’il a un avis sur le monde, qui ose, en s’exprimant, estimer que le monde l’écoute. Mais vu de l’étranger, la France donne l’image d’un pays plutôt recroquevillé sur lui-même, pour ne pas dire touché, comme beaucoup d’autres, par une vague réactionnaire… L’image que nous renvoie l’étranger, c’est l’image que notre parole publique envoie à l’étranger. Ce que les gens savent de nous, c’est ce que l’on affiche, le visage qu’on leur donne. Même là, c’est contrasté : regardez le mouvement de solidarité chaque fois que nous sommes frappés. C’est la terre entière qui se met à afficher les couleurs de la France, qui envoie des messages de solidarité. Mais quand le pays débat sur la déchéance de la nationalité, les gens de l’extérieur se disent «mais qu’est-ce que c’est que ce pays-là ?» Pourtant, quand on écoute les leaders de droite, on a l’impression que la gauche morale est en décalage avec les attentes du pays. Selon eux, la France aurait besoin d’être rassurée dans ses racines, son identité… La droite fait commerce de l’anxiété, de l’angoisse, de la désespérance, c’est-à-dire d’un désespoir dynamique qui se renouvelle, s’entretient. La droite en fait commerce lucidement et cyniquement. Ces dernières années, elle a remporté de grandes victoires culturelles et politiques. Nous avons bien sûr des raisons d’avoir peur. Dans la mobilisation après les attentats, je me rappelle une pancarte «j’ai peur mais je suis là». J’observe que, certes, la France a peur, mais qu’elle est bien là. On ne doit pas jouer avec les peurs. Avez-vous retrouvé ces mots dans le discours de François Hollande, prononcé à la salle Wagram sur la République, la semaine dernière ? Il a eu de très beaux mots. Il a les siens, j’ai les miens. Quels mots étaient «beaux» ? Il a prononcé un discours de président de la République qui s’est mis à la hauteur de sa fonction. Il a dit au pays que nous avons des choses extrêmement précieuses qui ne doivent pas être fragilisées, abîmées, maltraitées parce que nous traversons des épreuves. Il a dit qu’il y aura d’autres épreuves, mais que la responsabilité politique conduit à prendre toutes les dispositions nécessaires pour protéger les Français sans sacrifier l’essentiel. S’il avait prononcé ce discours fin 2015 au lieu de proposer d’inscrire la déchéance de nationalité dans la Constitution, cela aurait-il changé les choses sur votre départ du gouvernement ? Les discours sont importants. Les actes le sont tout autant. J’ai quitté le gouvernement sur un désaccord politique majeur. Il y avait alors le risque de mise en cause de valeurs essentielles et d’une fragilisation durable de la société. Ce n’est pas rien, un «symbole». C’est ce qui nous permet de tenir ensemble. L’inscription de la déchéance de nationalité dans la Constitution n’était pas seulement une erreur politique mais une faute grave. C’était une mise en péril du socle même de nos valeurs, qui empêchait de retrouver de la vigueur dans notre cohésion nationale. J’étais, en tant que garde des Sceaux, gardienne de la Constitution. J’ai fait valoir mes arguments, le Président en a décidé autrement. Je n’allais pas me contenter de détourner les yeux alors que je considérais ce texte dangereux pour une partie de nos concitoyens. Quand vous quittez le gouvernement, vous vous dites : «François Hollande, plus jamais» ? Je refuse de répondre à ce genre de questions. Je ne suis pas partie sur une querelle personnelle avec le président de la République, sur une rivalité ou une question de caractère. Je suis partie sur un désaccord politique essentiel ! Essentiel ! J’ai eu d’autres désaccords pendant trois ans et demi. J’ai bataillé ! Je suis partie sereine et tourmentée. Sereine vis-à-vis de moi-même parce que je suis incapable de trahir mes convictions, mes engagements, les combats que j’ai livrés et la confiance des gens. Mais tourmentée parce que j’estimais que ce que nous allions faire était grave. Et je n’avais pas réussi à l’empêcher. Dans un livre (1), on rapporte que vous auriez déclaré que si Hollande était candidat, vous le soutiendriez. Sinon que vous pourriez envisager de vous lancer dans la campagne. Est-ce votre état d’esprit aujourd’hui ? D’abord, merci pour le conditionnel… Une personne dont la profession est d’informer dit que quelqu’un lui a dit que j’ai dit dans un dîner privé… Excusez-moi, mais ça s’appelle un cancan anonyme. Alors, si Hollande se présente à la primaire, le soutiendrez-vous ? Je ne fais pas de la politique avec des hypothèses. Vous exagérez. C’est une hypothèse plus que probable… (Elle coupe) Non, je n’exagère pas ! Le président de la République n’a pas annoncé sa candidature. Je ne vois pas pourquoi je me positionnerais sur une non-candidature. Est-il possible de parler de fond plutôt que des personnes ? Je vois à quel point l’élection présidentielle, qui est notre scrutin le plus solennel, assèche absolument tout le débat politique. A quel point aucune parole ne peut passer, en dehors de celle des ambitions des uns et des autres… D’autant que les Français considèrent que voter pour un président ne changera pas le cours de leur vie. Or, c’est faux ! Il faut faire comprendre aux Français qu’une élection présidentielle peut changer leur quotidien. Cela a changé quelque chose d’avoir François Hollande plutôt que Nicolas Sarkozy. La politique budgétaire, la lutte contre la pauvreté, la relation à la société - qui n’est plus basée sur la fragmentation délibérée, la division arrogante, la vulgarité dans la représentation du peuple… Tout cela est différent depuis 2012. La présidentielle change les choses ! Mais malheureusement, on n’arrive pas à le faire entendre aux Français. Qu’est-ce qui a manqué aux différents gouvernements dont vous avez été membre ? D’abord, l’argent. Dès le début. Le ministère de la Justice avait par exemple accumulé des dettes sur six ans. Et, plus globalement, nos engagements vis-à-vis de l’Union européenne étaient de nature à obérer nos marges. Le nerf de la guerre a commencé à manquer dès le premier jour. La cascade de plans sociaux dans les six mois qui ont suivi notre arrivée au pouvoir n’a pas aidé. Et puis cette absence de combativité de la gauche, les défaites culturelles et politiques de ces dernières années ont rendu difficile notre capacité à parler aux citoyens. Le clivage droite-gauche est «dépassé», assure pourtant Emmanuel Macron… Je crois qu’il y a une histoire de la gauche, des valeurs, une action publique de gauche, un patrimoine. Il existe un idéal de gauche, et il est tout à fait moderne ! Adapté au XXIe siècle ! L’égalité est un concept moderne ! Plus nous sommes dans une société ouverte, un monde interconnecté, plus le savoir circule avec une rapidité et une fluidité considérables, et plus l’égalité devient une exigence. C’est la gauche qui porte cela ! Les sondages annoncent que la gauche ne sera pas présente au second tour de la présidentielle. La gauche doit-elle se présenter unie dès le premier tour ? Je le pense et je le souhaite. Il y a bien des maisons dans la maison de la gauche. Elles ne sont pas irréconciliables. Il faut une dynamique et il y a urgence : le risque est là que l’extrême droite, avec sa vision fragmentaire et agressive de la société, son intolérance et son héritage, arrive au pouvoir en France. Rien que l’idée que leurs responsables aient un jour l’appareil d’Etat entre leurs mains doit nous rendre, en particulier à gauche, plus responsables et plus raisonnables. La droite a choisi, très largement, de s’identifier à cette extrême droite par calculs électoraux : c’est son indignité et c’est son affaire. La gauche, elle, doit rassembler ses forces. Qu’allez-vous faire alors ? Je vais m’engager fortement dans la campagne. Je ne sais pas encore comment. Nous sommes dans une phase de grande confusion. Je n’ai jamais eu une vision messianique de la politique. La question n’est pas de soutenir untel ou untel mais de savoir si nous serons capables, nous à gauche, sous peine de disparaître - et pour un moment -, de nous engager pour l’égalité, la cohésion sociale, une République exigeante, bienveillante, présente. Et pourtant, pour y arriver, il faut passer par la présidentielle… Je sais bien. Mais quel est l’intérêt, aujourd’hui, d’une candidature de plus ou de moins dans l’état où nous sommes à gauche ? Cette situation vous rappelle-t-elle l’élection de 2002 et la multiplication à gauche des candidatures, dont la vôtre, qui a conduit à l’élimination de Jospin ? Vous me cherchez là ! Etes-vous allés demander aux autres candidats de l’époque s’ils étaient responsables de l’élimination de Lionel Jospin ? Etes-vous allés demander au candidat socialiste de se justifier sur sa campagne ? Il est toujours très à vif, ce souvenir… Non. Mais à chaque fois qu’on vient me chercher là-dessus, je cogne. Parce que si la gauche est dans cet état de délabrement aujourd’hui, c’est parce qu’en 2002, on a cherché un bouc émissaire au lieu de se demander ce qui s’était passé. Depuis, le PS n’a fait aucune analyse politique de cette défaite. Il n’a cessé de se répéter que si Taubira n’avait pas été là au premier tour, il aurait gagné. Et quinze ans plus tard, l’histoire est en train de se répéter… Non. A cause de deux éléments très différents. Le premier, c’est qu’il y a une hystérisation de l’élection présidentielle, qui n’existait pas à cette époque, avec cette fixation sur des personnalités. Deuxièmement, aujourd’hui, le FN est à la porte du pouvoir. Ce n’est pas seulement vraisemblable, cela semble acquis. Ce contexte aggrave la responsabilité de la gauche. Elle a une responsabilité de trouver un candidat qui portera les différentes sensibilités de la gauche. Est-ce que ça pourrait être vous ? Vous êtes têtus… (silence). Mettez trois points de suspension. (rires) Mais cet appel à l’unité de la gauche arrive bien tard, non ? Tout au long du quinquennat, le gouvernement a donné l’impression de vouloir rétrécir un peu plus chaque jour… sa base électorale. Je suis d’accord avec vous. Les difficultés sont arrivées, très vite, avec les contraintes budgétaires, qui ont conduit à certains arbitrages qui ont divisé la gauche. Je n’ai pas les moyens de rétropédaler pour remonter le temps. Mais les difficultés sont faites pour être surmontées. Vos amis politiques, Benoît Hamon, Cécile Duflot, Arnaud Montebourg, font une critique sans concession du bilan de Hollande en expliquant qu’il n’est pas ou peu défendable, voire pas de gauche. Vous leur dites quoi ? C’est leur responsabilité. Oui, on va dans le mur. Oui, on risque la disparition de la gauche au second tour de la présidentielle… Oui, la question de la multiplication des candidatures fait partie de nos problèmes aujourd’hui… La question elle-même est un problème, car tout le débat médiatique tourne autour de ça. Aussi, je fais des pieds et des mains pour ne pas me faire aspirer par le siphon de la présidentielle, et être ramenée en permanence à ces questions de personnes. Est-ce que le burkini, c’est une atteinte à la République ? C’est étrange d’entendre la question formulée de cette façon. Le Premier ministre la formule comme cela… Je ne pense pas que le burkini soit une déclaration de guerre à la République. Plusieurs sociologues ont expliqué que ce vêtement de bain permet à des femmes d’aller à la plage et de se baigner alors qu’elles n’y allaient pas auparavant. Il n’est pas négligeable d’entendre les choses ainsi. Moi, ce qui m’intéresse, c’est de voir comment, dans une période de grande fragilité collective et de dangers réels, on crée de la cohésion plutôt que de la fragmentation. Il y a des choses qui nous dérangent dans l’espace public, des choses qui nous irritent, qui nous intriguent… Mais l’espace public, c’est le lieu de la République. Et ce qui délimite ce lieu, ce sont les règles, nos lois. C’est ce qu’a rappelé le conseil d’Etat. Manuel Valls a fait du bien à la gauche ? (Silence) Allez le demander à la gauche. La droite a réussi àinstallerhttp://cdncache-a.akamaihd.net/items/it/img/arrow-10x10.png dans l’opinion publique l’image fallacieuse d’une Taubira ministre de la Justice laxiste, qui vide les prisons, alors que votre bilan dit le contraire. Est-ce que vous n’avez pas, vous aussi, une part de responsabilité dans le fait d’avoir perdu cette bataille d’image ? (Elle se met en colère) Oui, c’est cela, la femme violée, c’est à cause de sa minijupe. C’est ce que vous voulez me faire dire ? Les médias ont souvent laissé la droite me caricaturer. En trois ans et demi, je n’ai pas entendu un seul journaliste demander à ces élus de droite d’étayer leurs accusations. Moi, j’ai conduit ma politique en dignité, j’ai choisi de ne pas aller me disputer tous les matins, car j’ai estimé que la parole de la garde de Sceaux devait être au service de ses missions et de ses actions. J’ai eu le droit à tout, y compris à des attaques racistes. Les hommes politiques de droite savent faire du marketing. La presse de droite aussi. La désinformation méthodique du Figaro, par exemple, en était caricaturale… C’était tellement gros à la fin, que cela me faisait rire. C’était devenu pathologique, il fallait taper sur Taubira. Moi, je n’ai pas les compétences pour guérir les gens du Figaro. Et alors, vous osez me dire que je suis responsable si des gens répétaient inlassablement que Taubira vidait les prisons… alors que les prisons sont archipleines. On m’a même accusée de connivence avec des terroristes. La violence, c’est moi qui la ressens. Elle est infinie, cette violence, là. Et aujourd’hui, c’est moi qui dois en répondre, c’est moi qui dois m’en expliquer… Ce n’est pas Sarkozy, ce n’est pas Ciotti, Copé ou Estrosi, ce ne sont pas tous ces gens violents qui disent ou laissent entendre que ceux qui ont une tête comme la mienne n’ont pas leur place dans notre pays… (Elle claque son cahier, hésite à quitter la salle) Est-ce que ça veut dire que la gauche a souffert un déficit de marketing politique ? Non, la gauche a souffert de ne pas être assez fidèle à ses valeurs, à ses principes. C’est parce qu’elle a abandonné ses combats que le marketing de la droite a pu prospérer. (1) Le Premier Secrétaire de la République, Cyril Graziani, éd. Fayard, 2016.

La Fête de « L’Huma » fait le plein de candidats

Besse Desmoulières Raphaëlle, Le Monde du 10 septembre 2016

Tous les prétendants à la présidentielle de la gauche non gouvernementale sont attendus à La Courneuve

A la Fête de L'Humanité, on vient presque autant pour l'affiche musicale que politique. Pour ce cru 2016, qui se déroule du 9 au 11 septembre à La Courneuve (Seine-Saint-Denis), la grande scène accueillera Michel Polnareff ou Lauryn Hill. Les allées de la Fête verront, elles, défiler quasiment tout ce que la gauche non gouvernementale compte de candidats à la présidentielle. Jean-Luc Mélenchon, bien sûr, mais aussi ses ex-camarades du PS Arnaud Montebourg, Benoît Hamon, Marie-Noëlle Lienemann et Gérard Filoche, ou encore trois des quatre candidats à la primaire d'EELV : Cécile Duflot, Karima Delli et Yannick Jadot. Seuls quatre d'entre eux – Mme Duflot et MM. Mélenchon, Hamon et Montebourg – auront, chacun leur tour, samedi, une demi-heure pour répondre à la question : « La gauche peut-elle gagner en 2017 ? » De quoi donner un avant-goût de campagne. Vendredi, certains d'entre eux devaient retrouver Pierre Laurent, le secrétaire national du PCF, au stand des Bouches-du-Rhône, pour parler loi travail. Un sujet sur lequel le sénateur de Paris entend bien maintenir la pression avant la mobilisation du 15 septembre. Même Jean-Claude Mailly fera le déplacement à La Courneuve, une première pour un secrétaire général de Force ouvrière. C'est un joli coup pour la direction du PCF, ce rendez-vous de rentrée continue de compter. Le nombre de candidats ayant répondu présent symbolise tout autant l'éclatement des forces de gauche que le très long chemin à parcourir pour les rassembler. C'est pourtant l'objectif affiché par Pierre Laurent depuis plusieurs mois. Il assure ne pas avoir renoncé à une candidature commune à la gauche du PS. Pour lui, la Fête doit être l'occasion de« faire émerger les lignes possibles d'un pacte commun des forces alternatives à gauche », comme il l'expliquait fin août à Lorient, aux journées d'été des écologistes. Malgré l'échéance présidentielle qui se rapproche à grands pas, le secrétaire national du PCF estime qu'« il n'est jamais trop tard face à la radicalisation de la droite et au danger de l'extrême droite qui grandit ». Mercredi, il mettait cependant en garde dans une tribune publiée dans Le Monde : " Divisés, nous allons dans le mur. Tout le monde le sait (…). Pourtant, le scénario de la dispersion tourne à plein régime. " Selon son entourage, le numéro un communiste devrait faire des« propositions » samedi. « Il interpellera chacun positivement et, après, tout le monde sera mis devant ses responsabilités », indique Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF. En attendant une hypothétique solution commune, les communistes n'ont toujours pas de candidat à la présidentielle et ne se détermineront pas avant novembre. Jusqu'à présent, M. Laurent, qui a critiqué les conditions dans lesquelles M. Mélenchon est parti en campagne, a toujours pris soin de souligner que cette solution était l'une des possibilités parmi d'autres – candidature communiste comprise. En 2011, la Fête avait pourtant servi de rampe de lancement au candidat du Front de gauche, qui y avait présenté L'Humain d'abord, le petit livre programmatique du rassemblement de la gauche radicale. Cinq ans plus tard, tout ça n'est plus qu'un lointain souvenir. Pour la première fois, le Front de gauche n'aura plus de stand à ses couleurs – le Parti de gauche s'y est opposé. En interne, la ligne de la direction communiste provoque de vives tensions après un congrès en juin déjà bien compliqué. Les troupes sont divisées, comme le montre le choix de l'ex-secrétaire nationale du PCF, Marie-George Buffet, qui a annoncé fin juin son soutien à M. Mélenchon. Samedi, elle devrait même s'afficher à ses côtés. « On va droit à la catastrophe » Pour Patrice Cohen-Seat, un ex-dirigeant du PCF qui avait mené la fronde lors du congrès, " on va droit à la catastrophe. L'hypothèse Mélenchon semble interdite et les communistes sont complètement désorientés : ils ne comprennent pas où on va et pourquoi ". Ce dernier est à l'origine d'un appel lancé mercredi et signé par une centaine de personnes, dont plusieurs élus PCF, des militants d'Ensemble – la troisième force du Front de gauche –, mais aussi des intellectuels proches de la sphère communiste, tels que les écrivains Patrick Chamoiseau et Annie Ernaux, le cinéaste Gérard Mordillat ou les sociologues Michel et Monique Pinçon-Charlot. Intitulé « En 2017, faisons Front commun », le texte souligne que « face à un éparpillement suicidaire », une candidature, celle de M. Mélenchon, s'est «installée dans le paysage politique » et il serait« irresponsable de ne pas prendre acte de cette situation ». Un constat proche de celui de Clémentine Autain, porte-parole d'Ensemble, qui n'a cependant pas signé ces lignes. " L'heure des choix approche et atterrir sur la candidature de Jean-Luc Mélenchon serait un moindre mal pour le PCF, mais il faut que le terrain soit possible, prévient-elle. C'est à Jean-Luc de tendre la main et de ne pas créer d'irrémédiable. " Un geste que le candidat de La France insoumise ne semble pas prêt à faire pour l'heure.

Sans candidat pour l’Elysée, le PCF tès courtiés

de Ravinel Sophie, Le Figaro du 10 septembre 2016

Les communistes organisent ce week-end leur Fête de l'Humanité à La Courneuve.

Les communistes n'ont pas de porte-drapeau pour 2017 ? Peu importe. Ce pourrait être leur seul atout dans ce lancement de présidentielle, surencombré à gauche du gouvernement. Il leur faut apparaître comme ceux qui veulent sauver l'unité, avant de choisir un candidat le 5 novembre. Entre Jean-Luc Mélenchon, les écologistes Cécile Duflot ou Yannick Jadot, Arnaud Montebourg, Benoît Hamon, Marie-Noëlle Lienemann ou Gérard Filoche chez les socialistes, l'électeur de gauche qui ne veut plus de François Hollande et pas d'Emmanuel Macron est en effet bien embarrassé. Au milieu de ce brouhaha, le calme Pierre Laurent joue au sage. « Un geste unitaire de toutes les forces qui sont de gauche ringardiserait dans la minute les candidatures d'un Hollande ou d'un Macron », a-t-il affirmé vendredi à la Fête de l'Humanité. Tous seront présents à un moment ou à un autre du week-end à La Courneuve (Seine-Saint-Denis). Et Pierre Laurent compte bien diffuser cet appel, même si les candidats viendront surtout pour faire campagne. « Ce processus de convergence s'est fracassé il y a plusieurs mois », regrette Yannick Jadot, qui était à l'initiative d'une primaire de toute la gauche. « Nous n'en sommes plus là, et au milieu de ce paysage fracturé, les écologistes doivent faire entendre leur voix. » Peu importe. Pierre Laurent va leur poser cette question à tous : « Qui veut prendre la responsabilité de courir à l'échec ? » Une interrogation susceptible de peser lourd, car Laurent le répète, « le danger n'est pas perçu à la mesure de ce qu'il est réellement ». La position des communistes peut apparaître comme facile, destinée à gagner du temps avant que la majorité des militants ne décide de rejoindre Mélenchon. Mais le PCF s'est lancé avant l'été dans une vaste « consultation citoyenne »susceptible de lui donner du poids. Selon Pierre Dhar-réville, en charge de cette opération à la tête du parti, « plusieurs dizaines de milliers de personnes »ont été consultées sur leurs préoccupations, leurs idées, leurs propositions, et la politique en général. Les réponses, traitées avec l'institut Viavoice, seront présentées le 8 octobre. « Beaucoup, assure Dharréville, nous remercient de venir à eux, de prendre en compte leur avis, de les écouter tout simplement. » Les préoccupations déjà en tête, dit-il, sont « la finance et l'éducation ». « Nous voulons imposer la parole populaire et la placer au cœur du débat, même si nous savons à quel point c'est un combat », lance Pierre Laurent. Il assure que les Français sont « loin du débat et désolés du spectacle ». Pierre Laurent et Jean-Luc Mélenchon ne se parlent plus Le patron du PCF est toujours aussi en froid avec Jean-Luc Mélenchon, ou l'inverse. On ne sait plus. Les deux anciens partenaires du Front de gauche de 2012 ne se parlent plus. Les écologistes, Duflot ou Jadot, ne veulent pas entendre parler de Mélenchon, et avec les communistes, les divergences sont profondes sur le nucléaire ou sur Notre-Dame-des-Landes. Si Laurent observe avec « intérêt »des candidatures comme celles de Montebourg ou Hamon, il glisse que « ça coince »qu'ils soient des anciens du gouvernement de Hollande. Sans compter que Montebourg a déclaré que « la finance, ce n'est pas un adversaire ». « C'est sûr, ça ne va pas faciliter les choses », ironise Laurent, qui se désespère encore de « la résignation »de Martine Aubry, sur le point de soutenir François Hollande « après avoir été tellement critique ». Seule la maire PS de Paris Anne Hidalgo attire son attention, surtout après un entretien accordé à L'Humanité jeudi, axé sur les questions sociales…

Fête de L’Huma : la gauche anti-hollande rêve d’une candidature commune

La Croix du 10 septembre 2016

Une « convergence », voire une candidature commune, est-elle encore possible ? De nombreux élus et représentants de la gauche anti-Hollande se sont pris à rêver, vendredi à la Fête de l'Humanité, d'un rassemblement en 2017, certains appelant même à nouveau à une grande primaire de toute la gauche. « Oui, nous avons des différences, mais nous avons tellement de choses en commun que nous devons valoriser », a lancé le patron des communistes, Pierre Laurent, en concluant un débat de parlementaires opposés à la loi travail, au premier jour de la Fête de l'Humanité à La Courneuve. « Si la Fête de L'Humanité peut donner de l'écho a cette démarche, elle aura fait beaucoup dans la perspective de l'élection présidentielle », a-t-il poursuivi, rappelant que « le peuple de gauche, il est ici ». Il était entouré de nombreux élus socialistes comme Aurélie Filippetti, Jérôme Guedj, Fanélie Carrey-Conte ou Marie-Noëlle Lienemann et Gérard Filoche, mais aussi le député européen Guillaume Balas, proche de Benoît Hamon, ou l'ancien socialiste Pouria Amirshahi. Aucun député écologiste n'était en revanche présent. Venus pour parler de la loi travail et des motions de censure qu'ils ont tenté de présenter pour empêcher son passage par le 49-3, les participants ont vite dévié sur la possibilité d'un rassemblement politique large. La sénatrice communiste Éliane Assassi a introduit le débat en proposant à tous de présenter une proposition de loi à la rentrée parlementaire abrogeant la loi El Khomri. Pendant le marathon législatif qui a duré des mois, « on a montré que l'union de la gauche était de notre côté », s'est réjouie Aurélie Filippetti, se disant « favorable à toutes les initiatives qu'on peut prendre » dans le sens de l'union. « Il faut offrir un débouché électoral à cette contestation, une perspective positive, à toutes celles et ceux qui sont mobilisés », a poursuivi Jérôme Guedj, qui n'a pas hésité à évoquer à nouveau des primaires de toute la gauche. « Une primaire n'a de sens que s'il y a une large mobilisation du peuple de gauche (…) Aidez-nous à faire de cette primaire de gauche le moment de la désignation du candidat ou de la candidate qui permettra de défaire la loi El Khomri », a-t-il lancé. La veille, Benoît Hamon, candidat à la primaire du PS, avait déjà souhaité une primaire très large impliquant notamment Emmanuel Macron. « Je regrette que l'idée d'une primaire citoyenne ait été abîmée, qu'on n'ait pas réfléchi à un vrai processus citoyen alternatif à François Hollande. Est-ce que cette idée va renaître de ses cendres ? » s'est interrogé auprès de la presse Olivier Dartigolles, porte-parole du Parti communiste. - Plateforme législative commune - Il a d'ailleurs espéré que la rencontre entre Pierre Laurent et Jean-Luc Mélenchon « ait lieu ». Mais, une telle primaire est-elle encore réalisable alors que M. Mélenchon refuse de s'y plier et que, comme le PS, les écologistes organisent leur propre désignation ? Le PCF a une première ambition : proposer début octobre des « axes communs » de programme à partir duquel une candidature unique serait encore possible à la présidentielle. Si grâce à cette initiative « tous les candidats déclarés se réunissent autour d'une table pour discuter et essayer de trouver un accord, ce serait un coup de tonnerre politique », a-t-il expliqué à la presse. A l'issue du débat avec la loi travail, il a proposé à ses interlocuteurs « un premier pas » :« Que ceux qui se sont déclarés commencent à chaque fois qu'ils parlent à dire ce que nous avons en commun. » Mais s'il ne parvient pas à limiter la dispersion, il a défendu que la plateforme commune serve de base à des alliances pour les législatives. Proposition retenue par Mme Filippetti, pour qui « il faut qu'on travaille sur une plateforme pour les prochaines élections législatives dans toute notre diversité ». Dans l'immédiat déjà, les candidats déclarés Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon, Arnaud Montebourg et Cécile Duflot se succéderont samedi une demi-heure chacun à l'Agora de l'Humanité. Et tous les candidats de la gauche non-gouvernementale passeront à ce rendez-vous festif et militant qui marque chaque année la rentrée du parti communiste.

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