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Poulet américain. Le droit du travail passé, aussi, à la javel

OXFAM. La section américaine de l’ONG vient de publier un rapport sur l’industrie du poulet aux États-Unis fait état de salariés interdits de pause-pipi et contraints de travailler en... couches culotte. Entre autre. Vous avez dit TAFTA ?

Le poulet lavé à la javel à la manière américaine a probablement catalysé le plus d’angoisse par rapport à l’accord de libre-échange entre les États-Unis et l’Union européenne (TAFTA) en cours de préparation. Mais le volet sanitaire ou environnemental n’est pas le seul à devoir susciter des craintes. L’ONG Oxfam Amérique vient de publier un rapport sur l’univers de l’industrie volaillère aux États-Unis qui soulignent toutes les questions que posent également le volet social et droit du travail.

La course à la rentabilité est telle que les pauses pipi sont quasiment interdites et que les salariés en sont réduits à travailler en… couches culotte. Un article du Washington post a présenté le rapport et attiré l’attention sur des études antérieures arrivées à des conclusions similaires. En l’occurrence le travail mené par le Southern Poverty Law Center en 2013 en Alabama estimant que 80 % des 266 ouvriers du secteur de la volaille interviewés n’avaient pas le droit d’aller aux toilettes quand ils en avaient besoin. Ou encore celui publié en avril dernier par un syndicat du Minnesota qui souligne que 86 % des employés ont droit à moins de deux pauses-pipi par semaine.

Le rapport d’Oxfam a lui travaillé à l’échelle du pays, se penchant sur le cas des quatre « gros » de cette industrie florissante : Tyson foods, Pilgrim, Perdue, Sanderson Farms. Ils emploient 100.000 des 250.000 salariés que compte le secteur et détiennent 60% du marché. Le secteur a recours à des « populations vulnérables, des immigrés, des réfugiés, des minorités » campe Earl Dotter d’Oxfam, peu au fait de leurs droits.

86% des salariés ont moins de 2 pauses-pipi par semaine

Dans le secteur, la chaîne de production est complexe et le moindre ralentissement sur un poste impacte l’ensemble du processus. En théorie, des salariés mobiles sont prévus pour assurer les remplacements et maintenir la cadence. Dans les faits, les demandes de pause sont rarement autorisées par un superviseur doté des pleins pouvoirs. Sur ces subordonnés tout au moins, car le rapport souligne également que le petit chef peut vite se transformer en « larbin » puisque c’est sur lui que la direction fait peser toute la pression des moindres variations de rentabilité.

Et quand l’autorisation arrive, elle peut vite devenir un cauchemar. Car aller aux toilettes suppose une manipulation technique pour passer le poste, d’enlever son équipement, de circuler sur un sol rendu glissant par les accumulations de graisse et de sang et de se désinfecter au retour. Or, si les 5 minutes sont dépassées, le salarié se voit asséner une sanction disciplinaire.

Le rapport laisse la part belle aux témoignages. Aux Dolores, Robert, Hanson qui, même sous de faux noms, ont bien du mal à reconnaître les « accidents » mais parlent tous « de collègues ayant déféqué ou uriné sur eux ». Mais l’humiliation n’est pas la seule conséquence de ce système délirant. Les salariés ont en effet pris le parti « d’anticiper » et se privent de manger ou de boire pour éviter toute envie. D’où des problèmes de santé en chaîne, sur les reins, la vessie, la prostate… Un passage attire également l’attention sur la cas spécifique des femmes qui, entre grossesses et menstruations, subissent des pressions encore plus fortes.

La solution ? Travailler en couches-culotte, s’empêcher de boire, de manger…

Pourtant, comme le souligne le Minnesota Worker Center, la pause-pipi est un droit protégé par une structure gouvernementale, la sécurité et les normes de la santé au travail, OSHA. Sauf que, pointe le rapport Oxfam : ils n’ont les moyens d’inspecter que 1 % des entreprises. Si les quatre entreprises citées dans le rapport ont été contactées par Oxfam, seules deux ont daigné répondre. Tyson foods pour regretter que l’ONG ne livre pas les noms des plaignants, ce qui lui interdirait de vérifier la « validité des allégations », et Perdue pour déplorer manquer d’informations pour vérifier.

La pause-pipi comme variable de rentabilité : l’idée n’est pas propre aux États-Unis. En mars dernier, Téléperformance, un centre d’appel de Blagnac, à côté de Toulouse, s’est fait remarqué en imposant à ses salariés une demande par mail pour obtenir une pause pipi. Le tout dans le cadre d’un logiciel mis en place pour surveiller le travail et intensifier la rentabilité. Mais syndicat et grève ont vite eu raison de cette hypothèse… Farfelue ?

Angélique Schaller (La Marseillaise, le 14 mai 2016)

Et pendant ce temps… « CETA, cheval de Troie de TAFTA »

Si le traité de libre-échange entre les États-Unis et l’Union européenne a bénéficié d’une forte mobilisation citoyenne qui a permis de sérieusement mettre du plomb dans l’aile de ce projet, il n’en va pas de même avec son équivalent entre l’Europe et le Canada -CETA- qui a été largement moins médiatisé. Les négociations sont ainsi terminées et, hier, le calendrier en était à la phase « discussion » entre les États lors d’un Conseil à Bruxelles, la prochaine étape étant celle des ratifications dans les différents parlements nationaux. Cela a été l’occasion de mesurer l’appréciation qu’en font les différents gouvernements. Matthias Fekl, Secrétaire d’État au commerce représentant la France sur ce sujet, le décrit comme « l’anti-TAFTA » : « le Canada a accepté une reconnaissance forte de notre agriculture et de nos indications géographiques et les marchés canadiens s’ouvrent largement ». Faux ! rétorquent les militants. Parmi eux la Fondation Hulot ou Foodwatch qui estiment que « CETA présente les mêmes dangers » que TAFTA.

L’organe de coopération réglementaire ? Un droit de veto des multinationales sur les législations futures

Ou encore les collectifs Stop TAFTA qui soulignent que le mécanisme d’arbitrage privé a simplement été rebaptisé et qu’un « organe de coopération réglementaire » va être introduit, « donnant aux multinationales un droit de veto sur les législations futures » et « institutionnalisant un filtrage en amont dans le processus de décisions publiques ». Et d’enfoncer le clou : « les réserves récentes du gouvernement français sur le TAFTA cherchent à répondre à la pression citoyenne mais l’exécutif s’obstine à soutenir les intérêts de quelques groupes privés en encourageant la ratification du CETA en dépit des menaces qu’il implique » . Enfin, les militants prévient : « du fait de la forte imbrication des économies nord- américaines, CETA, par un jeu de filiales, permettrait à nombre d’entreprises de droit états-unien d’instrumentaliser les dispositions du CETA ». En conclusion, CETA ne serait rien d’autre que le cheval de Troie de TAFTA.

Angélique Schaller (La Marseillaise, le 14 mai 2016)

Conditions de travail

Cadence. Les salariés disent devoir traiter, selon les postes, jusqu’à… 35 poulets ou pièces de poulets par minutes, 2.000 par heure...

Tâches. Couper, tirer, trancher… des micro tâches, devant être répétées jusqu’à 20.000 fois par jour, d’où des troubles musculo-squelettiques.

Températures. Les salariés travaillent dans une température de 4°C afin de réduire la prolifération des microbes sur les carcasses.

Salaires. Le PDG de Pilgrims a gagné 9 millions de dollars en 2014. En 5 heures, il a gagné le salaire annuel d’un travailleur à la chaîne.

La Marseillaise, le 14 mai 2016

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