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Manifestations. L’indignation est générale face à l’extrême fermeté

Justice. Interpellations à la pelle puis condamnations à de la prison ferme ont émaillé les défilés du 28 avril et 1er mai. De nombreuses marques de solidarité émergent face aux violences policières et entraves syndicales.

Il n’en revient toujours pas. Avant-hier, Camille(*) s’apprêtait à aller défiler dans le cortège marseillais du 1er mai. Militant actif de « Nuit debout », il prévoyait de brandir une pancarte encore à confectionner. Mais ça c’était avant de croiser le barrage filtrant des forces de l’ordre. « Ou le contrôle au faciès », selon lui. Dans son sac, cutter et ciseaux. Des armes pour les policiers, qui le placent en garde à vue. « Je suis encore sous le choc, je n’avais rien à me reprocher sinon j’aurais tout fait pour éviter le contrôle », confie-t-il, hier, dans les escaliers du Tribunal de grande instance (TGI).

Car s’il a été finalement libéré, hier en fin de matinée, Camille a passé 24 heures en garde à vue. Comme 3 autres militants parmi les 7 interpellés dimanche. « Au final, ils obtiennent le contraire de ce qu’ils veulent », estime le jeune homme de 25 ans travaillant dans la restauration. « J’ai le sentiment d’être lésé en tant que citoyen », clame-t-il. Des propos qui font écho à ceux d’Hélène Ohresser. Avec plusieurs dizaines de personnes, la militante SUD éducation Solidaires était présente hier matin devant le TGI pour témoigner de sa solidarité tout en dénonçant « un climat délétère ». « Ces arrestations préventives sont une vraie entrave à la liberté syndicale, c’est du jamais vu à Marseille », clame-t-elle. Face « à la faiblesse des éléments matériels pouvant être portés à leur charge », les gardés à vue ont été relâchés et comparaîtront devant le juge lors d’une audience ultérieure, le 10 juin.

Entre 5 et 6 mois ferme

Provocations et violences policières contre lesquelles s’insurgent la CGT Educ’action 13 ou l’UD CGT qui voient dans « cette vague de répression » une « vocation à affaiblir la contestation, à décrédibiliser le mouvement par des moyens inqualifiables dans un État démocratique ». Et tandis qu’à droite, sur les réseaux sociaux, usant de l’amalgame « manifestants = casseurs », on apporte un soutien aveugle aux forces de l’ordre et on réclame l’interdiction de défiler, la justice se montre ferme.

Hier après-midi, « les trois cas les plus graves », d’après la procureure de la République, interpellés le 28 avril après la manifestation contre la loi Travail étaient jugés en comparution immédiate. Après un passage par la case Baumettes entre temps… Là encore, beaucoup de monde en soutien et une salle d’audience pleine. « On cherche à faire des exemples pour faire peur aux gens », tempête un homme. « Entrave à la liberté de manifestation » ou « séparation des pouvoirs plus d’actualité », entend-on encore.

A la barre du tribunal, trois prévenus. Pas vraiment le profil de « la clientèle habituelle » s’amuse la Présidente. Un seul a un -petit- casier pour port d’armes (couteau) et défaut d’assurance. Celui-ci, Lillois d’origine de 22 ans, est accusé d’occupation de voie ferrée, jets de pierre, port d’arme et rébellion. C’est ce dernier point qui lui cause du tort puisqu’un policier aura le poignet cassé (20 jours d’ITT). « C’est tellement dommage de discréditer les manifestants », déplore Me Greco, avocate des parties civiles. La procureure requiert 6 mois ferme. Qui seront suivis par les juges, une peine aménageable.

Même sort pour le 3e prévenu, étudiant de 27 ans, qui assure des missions d’intérim, qui lui écope de 5 mois ferme pour jets de pierres -ce qu’il nie- occupation de voie ferrée, refus de prélèvement ADN et port d’arme. La donne est différente pour le 2e accusé, 46 ans, qui demande un report de son procès -fixé au 27 juin-. Hagard, chétif, il « n’explique pas son comportement » (jets de pierre, dégradation de véhicule). La procureure réclame son maintien en détention. Il s’en sort finalement avec un contrôle judiciaire.

A la sortie, tous sont sous le choc de la prison ferme. Comme pour dire fermez-là… ?

Florent de Corbier avec Sihem Kazi-Tani (La Marseillaise, le 3 mai 2016)

(*) Le prénom a été modifié. Lire le reportage vidéo avec les réactions des avocats de la défense.

Repères

40 voix manqueraient à l’appel pour obtenir une majorité et faire adopter la loi El Khomri sur la réforme du code du travail, qui est examinée à partir d’aujourd’hui à l’Assemblée nationale par les députés.

64 interpellations au total ont eu lieu en marge des manifestations et défilé du 1er mai. Aux 7 interpellations de dimanche, il faut ajouter les 57 du 28 avril. Des « arrestations sommaires » condamnées fermement par la CGT.

Flash-ball. Dans un communiqué, EELV -par les voix de Michèle Rubirola et Théo Challande- réclament l’interdiction d’usage de flash-ball lors des manifestations. Et ce après les « accidents » survenus le 28 avril.

La Marseillaise, le 3 mai 2016

Des réponses, M. Gazneuve

Des militants et dirigeants syndicaux arrêtés, un collégien victime d’un tir de flash-ball dans l’œil le 28 avril, des parents d’adolescents molestés à qui on déconseille de porter plainte, des palpations obligatoires imposées aux familles venues manifester le 1er mai, des nuages de gaz lacrymogène répandus sur des manifestants pacifiques… L’énumération est déjà trop longue.

Le comportement des forces de l’ordre pose question sur l’état de notre démocratie. Face à une poignée de casseurs et de fauteurs de troubles, toujours les mêmes, identifiés et repérés comme tels, la stratégie semble être celle de la punition collective et de la répression maximale.

Il ne s’agit pas de dédouaner les auteurs de dégradations inacceptables mais de s’interroger sur leur capacité à semer le désordre et à salir l’image du mouvement social quand tant de manifestants sincères subissent la répression. Les courriers d’EELV-Paca ou de Jean-Marc Coppola, Conseiller municipal communiste de Marseille à ce sujet sont restés sans réponse à ce jour.

« Frapper un manifestant tombé à terre, c'est se frapper soi-même… »

Seule réaction du Ministre de l’Intérieur aux violences policières, un « télégramme » a été envoyé par ses soins aux responsables des forces de l’ordre avant le 1er mai, dont la teneur est à mille lieux du courrier adressé en son temps par Maurice Grimaud, Préfet de police de Paris. Exhumée par Edwy Plenel pour Mediapart, la missive datée de 1968 comporte notamment cette phrase qui résonne étonnement aujourd’hui : « Frapper un manifestant tombé à terre, c’est se frapper soi-même en apparaissant sous un jour qui atteint toute la fonction policière ».

Bernard Cazeneuve, déjà rebaptisé Gazneuve dans les cortèges, ferait bien de s’en inspirer pour ne pas rejoindre Jules Moch au panthéon des ministres de l’Intérieur issus des rangs de la gauche et honnis par elle pour leur attitude à l’égard du mouvement social.

Léo Purguette (La Marseillaise, le 3 mai 2016)

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