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Septèmes-les-Vallons. Les Chibanis enfin retrouvés

Société. Une soirée était organisée pour évoquer le destin de ces vieux travailleurs immigrés. Émouvant, le film de Rachid Oujdi a été suivi d'un débat très instructif.

« Perdus entre deux rives, les Chibanis oubliés » : Rachid Oujdi(1) ne pouvait trouver meilleur titre pour évoquer dans son film(2) le destin de ceux qui ne sont jamais totalement chez eux des deux côtés de la Méditerranée.

La Ville et le centre social de la Gavotte-Peyret avaient convié, le 30 mars, à une rencontre dont le format convenait parfaitement à l’objet : traiter un sujet grave sans tomber dans le pathos avec toute la pédagogie nécessaire, et terminer en chansons. Pour cela, le concours de ces vedettes reconnues que sont Mouss et Hakim, du groupe toulousain Zebda, était particulièrement bien choisi. Avec des chansons de leur album Origines contrôlées, composées en France par les travailleurs immigrés, comme ils se plaisent à le répéter(3), composantes du patrimoine de ce pays qui est aussi le leur et qu’ils ont contribué au fil du XXe siècle tour à tour à défendre et à enrichir.

Ces vieux travailleurs que l’on côtoie autour d’un café aux terrasses de bistrots à Belsunce, au Cap Janet près du foyer, ou sur les bancs de la place rouge à la Gavotte-Peyret, ont une histoire. On devrait dire d’ailleurs des histoires, tant le grand écart entre l’Europe et l’Afrique est trop souvent douloureux. Et que, ayant cotisé des années durant, ils ne peuvent même pas retourner définitivement retrouver leur famille, si ce n’est pour y mourir, au risque de ne pouvoir toucher leur petite retraite. On comprend pourquoi « le retour au bled » n’a pas pu se faire comme ils l’avaient initialement prévu.

Au travers de témoignages, Rachid Oujdi a su sortir les Chibanis de l’oubli. Le débat qui suivit la projection, avec la médiation de Kader Atia, directeur de l’Ampil, a permis de nombreuses interventions et questions d’un auditoire garni permettant de mieux approcher la réalité non seulement des Chibanis, mais aussi de l’histoire de la France coloniale et des 30 Glorieuses et la difficulté de porter un regard apaisé sur cette période.

Par le biais d’un mini-concert, Mouss et Hakim ont fait revivre les chansons qu’ils ont entendues et réentendues, qu’ils se sont appropriées même quand ils auraient souhaité que l’autoradio laisse un peu de place à Janis Joplin ou Michael Jackson… Et de la complicité vite évidente, mariage du rythme et de la gravité, naît rapidement la transmission et la fête.

Un grand moment de découverte, d’écoute, de partage et de bonheur. Avec la forte implication de Sylvie Laurent, Adjointe à la culture, et ses partenaires Nomad café, centre culturel Aragon, bibliothèque Jórgi-Reboul et Youcef Berdi.

Thierry Marque (La Marseillaise, le 13 avril 2016)

(1) Rachid Oujdi a animé longtemps la tournée d’été de « la Marseillaise » lors des fêtes de la Sainte Anne.
(2) DVD à la Fnac ou chez Cultura.
(3) Mouss et Hakim étaient en concert le lendemain au Nomad café.

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