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Le camps des Milles. Un lieu gardien de la mémoire industrielle de la Région

Patrimoine. Le camp des Milles est un lieu de mémoire où sont étudiés les mécanismes menant à la haine et aux discriminations. De 1882 à 2006, le site a été dédié à une production industrielle dont les toits de Provence et d’ailleurs portent encore la trace.

Des terres argileuses ceinturent les Milles. L’Arc, à proximité, assure une alimentation en eau indispensable aussi bien à l’irrigation des terres agricoles qu’aux procédés industriels. L’arrivée du chemin de fer dans le village et la perspective d’y voir débarquer par wagons le charbon de Gardanne, achèvent de convaincre ceux qui, inspirés par le succès des tuileries marseillaises, décident d’en installer une au cœur de la campagne aixoise. Nous sommes en 1882 : la tuilerie des Milles sort de terre.

Philippe Mioche, professeur d’histoire contemporaine à l’université d’Aix-Marseille, s’est penché sur l’histoire de ce lieu avec Olivier Lambert et Boris Grésillon, dans leur livre « De la terre et des hommes » (2007). Ils y retracent une saga industrielle passionnante, initiée par « trois capitalistes dont le chef de file, Esdgar Rastoin, était issu d’une grande famille marseillaise surtout connue dans les huileries », raconte Philippe Mioche. « Des briqueries et des tuileries, il y en avait partout, mais à Marseille, on avait une particularité : les tuiles étaient entassées dans les cales des navires qui partaient à vide, pour leur servir de lest. Elles étaient ensuite commercialisées à l’arrivée, libérant de la place pour stocker le cacao, l’arachide etc… ».

Aux Milles, Edgar Rastoin veut tirer son épingle du jeu et mise -il est le seul dans la région- sur l’excellence allemande : un four Hoffman « d’assez grande taille où les tuiles cuisent en continu », explique Philippe Mioche. L’activité est florissante même si la première guerre y met un terme brutal, les hommes étant mobilisés au front. En 1918, la production reprend. Nouveau coup dur en 1937 : « le marché devient mauvais. Toute une série de tensions sociales traversent le site après le Front Populaire. De plus, une machine essentielle à la production est cassée. La direction en profite pour fermer ». C’est donc une usine vide, qui, en 1939, est réquisitionnée par le gouvernement français. La suite, malheureusement, on la connaît.

Des vestiges encore visibles

Cette année là, le site devient un camp d’internement, d’où partent vers la mort des milliers de Juifs. Cette parenthèse abominable ne signe pas pour autant, la fin de la production. Deux ans après la fin de la guerre, un descendant d’Edgar Rastoin redémarre l’usine et connaît une période faste au moment de la croissance démographique du début des années 60, « avec une immigration forte dans notre région et l’arrivée des rapatriés d’Algérie, qui ont provoqué un boom sur la construction de logements ».

L’histoire se termine en 2006, les Milles concédant le monopole de la tuile provençale à la ville de Marseille. Le site aurait pu disparaître sous les pelleteuses. Mais l’État en décide autrement et le transforme en lieu de mémoire, sans faire l’impasse sur son passé industriel : « Dès le début, les promoteurs du mémorial et particulièrement Alain Chouraqui, ont eu le souci de conserver la mémoire du travail. Lors des visites, on peut voir beaucoup de vestiges de ce passé : une maquette de l’usine, des panneaux explicatifs, une salle aménagée où on voit encore des machines. Et puis, le four Hoffman », toujours là, témoin d’une époque où l’industrie faisait rayonner la région à travers le monde. Les toits de Provence et d’ailleurs s’en souviennent. Grâce au travail des historiens, ils ne sont pas les seuls.

Sabrina Guintini (La Marseillaise, le 5 avril 2016)

En ce moment au camp des Milles

Jusqu’au 30 avril, le mémorial héberge une exposition sur le génocide arménien, « 2015-1915 : l’envers du chemin ».

La vie d’Ovsanna Kaloustian, icône de la communauté, décédée l’an dernier, y est évoquée par le regard de témoins indirects lancés sur un même itinéraire : Stéphane Dumont et Éric Sémerdjian, photographe et écrivain, ont parcouru l’envers du chemin, confrontés aux lieux actuels des massacres d’autrefois, de Diyarbakir à Van, de Bitlis à Mardin. A travers leurs images et leurs mots, s’ouvre la possibilité d’en tirer les leçons pour aujourd’hui. Tous les jours de 10h à 19h. 5 euros. Avec la visite du mémorial : 14,50 euros. Réduit : 12,50.

La Marseillaise, le 5 avril 2016

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