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Yann Le Pollotec. « La réforme du Code du Travail, c’est l’uberisation au carré »

Var. A La Garde, Yann Le Pollotec et le PCF ont mis en débat les questions de travail, d’emploi et de révolution numérique en vue du congrès de juin 2016.

On ne pouvait pas être au plus près des problèmes actuels : travail, emploi, révolution numérique… Le jeudi 3 mars, à La Garde, la section de la Garde-Le Pradet du PCF organisait une assemblée générale sur ces questions, en vue de la préparation du futur congrès national du parti. « Même si les questions liées à la révolution numérique dépassent largement les enjeux de 2017 », glisse, à son sens, Yann Le Pollotec. Responsable de la Commission nationale numérique au PCF, l’homme était invitée par la section pour débattre du sujet. Quelle place et quelle statut pour le travail dans la société de demain ? Le salariat est-il dépassé ? Quel dialogue social ? La révolution numérique est-elle vecteur d’émancipation ou d’aliénation ?

« Il y a un bouleversement sans précédent des relations des hommes au travail, à la société et entre eux aussi du fait de cette numérisation du travail. Hélas devrait-on dire… », introduit Yves Pellegrino, Secrétaire de la section. « L’intérêt des financiers à investir dans ces nouvelles technologies a conduit à une nouvelle bataille de classes. » Un chiffre pour comprendre l’ampleur de la révolution numérique ? « En 2000, un quart des informations étaient produites sur support numérique. Aujourd’hui, c’est 98 % », rappelle Yann Le Pollotec. « On assiste à trois phénomènes. Tout d’abord la dématérialisation du travail. C’est l’uberisation et le capitalisme de plateforme qui s’accaparent les données publiques. Il n’y a plus de salariés, mais des entrepreneurs d’eux-même qui apportent leurs propres moyens de production, taillables et corvéables à merci, comme les dockers à une époque, et qui sont exploités. Pourtant, il y a de vrais besoins, mais qu’il faudrait développer en système coopératif ou de mutuelle. »

Remise en cause du salariat

Dans le même temps, « on assiste aussi à une accélération de la robotisation et de l’automatisation qui se fait au détriment de l’emploi des classes moyennes » : « On estime que 47% des métiers et emplois sont menacés. » Le travail gratuit ? « C’est le troisième phénomène, le digital labour, qui remet en cause le salariat. » C’est lorsque vous contribuez à améliorer les logiciels des grandes entreprises informatiques pour leur compte… Mais sans rétribution…

« L’emploi salarié disparaît mais pas le travail. On voit se dessiner un vrai affrontement : soit on va vers une paupérisation globale, soit vers une émancipation de l’emploi salarié. » « Le problème aujourd’hui est que l’émancipation se fait au profit des financiers mais pas au profit des travailleurs, en termes de temps de formation, de réduction du temps de travail ou de sécurisation des parcours professionnels. » Des exemples vont pourtant dans le bon sens : comme les 32 heures aux Pays-Bas, les « Uber » américains qui se sont vu requalifier leur contrat de travail.

Il conclut : « La réforme du Code du Travail va à contre-courant de ce qu’il faudrait faire, parce que le gouvernement insécurise le travail. C’est l’uberisation au carré ! Alors que l’on a besoin au contraire de nouveaux droits, de nouvelles protections pour que cette révolution numérique soit émancipatrice. La souplesse doit être liée à la protection du travailleur si l’on veut être progressiste. Pour l’heure, cette réforme est profondément régressive. »

G. De Saint-Vulfran (La Marseillaise, le 5 mars 2016)

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