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Bilan. Une Région à défendre

Regards d'élus sur la politique menée par la gauche à la tête de la Région Paca pendant 17 ans. Et sur des acquis qu'il faudra tenter de préserver face à la nouvelle majorité.

Alain Hayot. PCF. Sociologue.

Ancien Vice-Président à la recherche, à l'université et à la culture (1998-2010). Conseiller régional sortant. Délégué national à la Culture au PCF.

Paca : une terre de culture.

« Le bilan de la politique culturelle s'inscrit dans une durée plus longue puisque la majorité qui termine son mandat a été élue en 1998. Le budget dont nous avions hérité de la mandature de droite a été multiplié par trois. En 2005, une délibération cadre, adoptée à partir de ma proposition, a fixé les grands axes qui sont encore ceux sur lesquels repose la politique culturelle. C'est d'abord la volonté de maintenir un soutien actif à la création, à l'innovation, à l'art parce qu'il n 'y pas de culture sans l'art. Le deuxième axe est celui de la démocratie culturelle, le partage de l'art, dans les territoires les plus reculés. Je pense aux arts populaires, au hip-hop, aux musiques actuelles, aux arts de la rue. Nous avons mené des expériences comme la venue de l’orchestre symphonique de Cannes dans des lycées des quartiers populaires ou dans les prisons. Le troisième axe que l'on a qualifié d'ouverture au monde se définit par deux idées : le monde est chez nous. Il faut donc respecter et soutenir le développement des cultures du monde. Et deuxième aspect : ce sont les coopérations décentralisées avec les Régions avec lesquelles Paca a des accords sur l'autre rive de la Méditerranée. »

Face au Front national et à la droite de la droite.

« Les menaces étaient déjà présentes. Dans le dernier mandat, la baisse des crédits du ministère de la Culture, celle de la dotation de l'État aux collectivités, la politique gouvernementale de réduction de la dépense publique avaient amené la Région à partir de 2010 à réduire les budgets de la culture. Cette baisse depuis un an ou deux a été stoppée. Bien évidemment, la menace la plus terrible que nous craignons serait celle qui verrait l’exécutif régional tomber entre les mains du FN. Parce que le Front national a une vision du patrimoine passéiste et sclérosée. On comprend la détestation de toute création contemporaine par la tête de liste Marion Maréchal-Le Pen ou par Stéphane Ravier son colistier. On sent bien qu'ils risquent de porter un tort considérable à cette politique. Ils détestent tout ce qui peut anticiper les avancées de civilisations. Je suis très inquiet également à propos de la grande politique cinéma que nous avons développée. Je pense au Frac, le Fond régional d'art contemporain dont Marion Maréchal-Le Pen vient de dire qu'elle obligerait à se tourner exclusivement vers les artistes locaux. Or, l'art n'a jamais connu de frontières. Deuxièmement, le FN a une vision de la culture qui se réduit à un divertissement qu'elle prétend populaire mais en réalité nous savons que le peuple a besoin pour prendre en main son destin de s'approprier les œuvres de l'esprit. Je suis effectivement très inquiet. Autant je suis de ceux qui disent le FN à la tête de la Région jamais, autant j'alerte sur le fait que dans le programme de Christian Estrosi, il est question par exemple de supprimer la Villa Méditerranée. Or la Villa Méditerranée est un geste d'ouverture vers le monde. Je ne suis pas de ceux qui pensent que l'élection de Christian Estrosi à la tête de la Région, bien évidemment préférable à celle de Marion Maréchal-Le Pen, sera de tout repos pour les artistes et les acteurs culturels. »

Un appel à la mobilisation.

« Et quoi qu'il arrive j'appelle à la mobilisation, à la vigilance, à la résistance et surtout au-delà à imaginer l'avenir. A se rassembler pour que l'on repense un vrai projet de transformation sociale que pourrait porter la gauche dans les années à venir. Un projet qui fasse de l'art et de la culture le cœur de toute politique émancipatrice, de toute politique sociale, de toute politique de développement solidaire et durable d'une région comme la nôtre et plus généralement de la société dans laquelle nous vivons. »

Jean-Yves Petit. Groupe Europe Écologie Les Verts, Partit Occitan.

Vice-Président délégué aux transports et à l'éco-mobilité. Conseiller régional sortant.

Le choix de l’investissement et d'une politique tarifaire

« Depuis 2002, date de la mise en place de la régionalisation qui a confié la compétence transports aux Régions, le nombre de TER a augmenté de 38% (750 trains) et la fréquentation de 55% (entre 100.000 et 120.000 usagers). En même temps, la Région a créé la carte Zou ! avec la gratuité pour les étudiants. Elle a investi dans les infra-structures ferroviaires. Comme dans les travaux de réouverture de la ligne Carpentras-Avignon. Elle a transformé les gares en pôles d'échanges multimodaux. Aujourd'hui, le parc est à 60% composé de matériel qui a moins de 15 ans d'ancienneté. Une centrale d'information multimodale (pacamobilité.fr) a été mise en place. Et puis enfin, la Région, c'est l'accès aux pistes cyclables, aux voies vertes. »

Les craintes liées à la crise.

« Elles sont lourdes. Il y a d'une part le refus du gouvernement d'accorder aux Régions une ressource dédiée aux transports publics régionaux. En 2002, la dotation de l'État a été calculée sur la base de l'offre de transport qui existait en 2000. Depuis, ce montant de 144 millions d'euros est resté le même alors que l'offre de transport a évolué. En 2015, la contribution de la Région à la SNCF est de 280 millions d'euros. La différence entre la dotation et la contribution est prise sur les fonds propres de l'institution. Or, l'aide de l'État va baisser de 40 millions d'euros en 2017. Les difficultés vont être importantes et la collectivité devra choisir. Ne pas baisser l'offre et donc trouver des réponses pour payer la contribution à la SNCF. Ou réduire l'offre. A terme, le risque de fermetures de lignes est réel. Et puis, il y a la TVA du transport public. De 5,5% elle est passée à 7% sous Nicolas Sarkozy et à 10% sous François Hollande. Les Régions ont demandé à ce que ce taux revienne à 5,5% considérant que le transport public est un besoin de première nécessité. Cela a été refusé. »

La réalité des propositions de Christian Estrosi et de Marion Maréchal-Le Pen.

« Tout d'abord, Christian Estrosi a parlé d'une ouverture à la concurrence. Mais faut-il rappeler, selon la loi, la SNCF détient le monopole du transport régional. Or, l'enjeu de ces prochains mois va être la négociation de la convention avec la SNCF qui sera effective au 1er janvier 2017. Qui va payer les conséquences de la baisse des moyens ? L'usager lui-même qui risque de voir le nombre de trains diminuer ou les cheminots dont les effectifs pourraient être touchés ? Le candidat des Républicains pré- voit également la suppression de la carte Zou ! Enfin, alors que le Contrat de plan 2015-2020 a été signé, Christian Estrosi et Marion Maréchal-Le Pen ciblent les investissements sur la route. »

Les enjeux de la prochaine mandature.

« Il faudra veiller au maintien de l'investissement et d'une tarification attractive. Ainsi qu'à la mise en place de la convention entre la Région et la SNCF qui devra porter la qualité de l'offre et le respect de l'usager. »

Bernard Morel. Parti socialiste.

Vice-Président délégué à l’emploi, au développement économique régional, à l’enseignement supérieur, à la recherche et à l’innovation. Conseiller régional sortant.

Les grandes lignes du bilan économique régional.

« La Région Paca peut être très fière de ce qu'elle a fait. Et notamment sur les quatre points suivants. Le premier est le soutien à la dynamique économique avec l'ambition de réactiver l'économie industrielle. Pour cela, nombre de choses ont été réalisées comme l'accompagnement des entreprises, le soutien au développement de l'ingénierie financière, au numérique ainsi qu'aux pôles de compétitivité et à l'innovation avec la création de l'Agence régionale de l'innovation et de l'internationalisation des entreprises. Ce soutien à l'activité, c'est par exemple le renouvellement de la chimie sur l'Étang de Berre avec le lancement du projet Piicto. Le deuxième volet concerne le soutien à l'emploi. Le Contrat régional pour l'emploi et une économie responsable nous a permis d'accompagner des petites entreprises. Sur cinq ans, 521 millions d'euros y ont été consacrés. 118.000 emplois ont été créés ou développés. Le troisième point touche au secteur essentiel de l'économie sociale et solidaire pour lequel a été mis en place le dispositif d'ingénierie financière spécifique ESIA. Enfin le quatrième axe est le soutien à l'enseignement supérieur à la recherche et à l'innovation. Au total, le budget de l'économie sans l'université tournait autour de 120 millions par an. J'ai l'honnêteté de dire que la plupart de ces actions ont été votées à la majorité avec la participation de la droite mais jamais celle de l'extrême droite. Sauf dans la dernière période pour des raisons politiciennes, la droite n'a pas soutenu ces projets. »

Un bilan menacé par un changement à la tête de l’exécutif.

« En cas de présidence du Front national, la totalité de ce bilan sera remise en question. Lorsque vous lisez, et cela malgré les contradictions, le programme de Marion Maréchal-Le Pen, vous voyez un soutien aux entreprises petites et moyennes mais sans la prise en compte de la dynamique générale de l'économie. Il y a là un vrai danger. Une des questions posées à Christian Estrosi en cas de victoire, est celle du soutien à l'économie sociale et solidaire. Nous avons toujours rencontré une opposition extrêmement forte de la part des Républicains pendant la mandature sur cette question. » L'économie sociale et solidaire au cœur de la Région. « Je le dis clairement par rapport au vote de dimanche, il faudrait que le candidat des Républicains, Christian Estrosi prenne l'engagement de soutenir l'économie sociale et solidaire, créatrice d'emplois et de valeurs ajoutées. Notre région ne tient pas si cette économie n'est pas soutenue. »

Propos recueillis par Sabrina Guintini (La Marseillaise, le 12 décembre 2015)

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