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Martigues. Le capital d’idées

Industrie. Salariés et délégués syndicaux témoignent des alternatives proposées pour la sauvegarde de leur outil de production, en clôture du festival « J’ai une gueule d’industrie... et alors ? »

Des délégués syndicaux CGT ont apporté samedi matin leur témoignage dans le cadre du festival « J’ai une gueule d’industrie… et alors » lors d’une matinée consacrée à ceux qui « ont dit non ». Un « non » constructif. Un refus plutôt, de voir par exemple « verser 30 à 40 millions par an de dividendes aux actionnaires d’Ascometal » indique Christian Pantoustier, délégué CGT du site de Fos ; de voir rayer d’un trait de plume le site de Total la Mède au prétexte que « les grandes entreprises de raffinage préfèrent déserter la France afin de s’extirper du cadre légal et environnemental » comme l’explique Fabien Cros, délégué du CE de Total, ou bien assister au démantèlement de « son outil de production et des emplois » inhérents comme à Fralib, se rappelle Henri Soler

Un refus assorti à chaque fois d’un énorme travail d’études de perspectives, d’analyses de bilan, de négociations, avec les dirigeants, les collègues, les institutions, les collectivités territoriales. Pour faire entendre, à chaque fois, la nécessité de maintenir ses emplois industriels dans la région ou en France. « Ce sont les salariés qui travaillent à l’indépendance énergétique de la France ! » stipule Fabien Cros, « un pays sans industrie c’est un pays qui se meurt, elle permet de structurer un pays » poursuit Marc Bastide de la Fédération de la Métallurgie. De cette structure, l’activité portuaire en donne un bon exemple, « Altéo, à Gardanne, qui importe sa bauxite, fournit 3.500 journées de travail sur les docks », constatent Serge Coutouris, délégué des dockers du golfe Fos, Saint Louis, « c’est 1.200 journées, aussi nous sommes très attentifs et vigilants au devenir de ces entreprises » souligne-t-il. Faudrait-il encore « ne pas abandonner la formation professionnelle, le patronat a arrêté depuis 30 ans. Et que font certains jeunes sans formation ni perspective sinon se tourner vers l’économie parallèle ? » questionne le métallo.

Les alternatives

Pourtant les alternatives ne manquent pas, à l’instar du « projet phœnix » présenté par les salariés et la CGT de l’entreprise Kem One, portant sur un financement croisé pour une relance à long terme, ou la création de la Scop-ti des ex-Fralib afin de sauvegarder leur outil de production et devenir indépendant de la multinationale. Car aux « conflits sociaux » et aux « rapports de force » aussi inévitables que « nécessaires » s’ajoutent les alternatives et propositions mises sur la table par les salariés eux-mêmes. « La forme 10, du port de Marseille, c’est une revendication de 25 ans, alors que certains voulaient boucher la forme pour y construire un hôtel...» rappelle le métallo. A Air-France, « les débouchés existent, il y en a au Sud de l’Europe et au Maghreb » souligne à son tour Aimé Musto. « Nous ne nous opposons pas à la modernisation de la raffinerie mais nous ne voulons pas de table rase ! » stipule Fabien Cros.

Quant aux dockers, ils travaillent à « un projet de démantèlement de navires à Port de Bouc. Les salariés portent seuls la politique industrielle et écologique de la France, et il est temps de prendre conscience que le potentiel de développement économique est à l’intérieur des entreprises » conclut Serge Coutouris.

La Marseillaise, le 29 novembre 2015

Avis de tempête

Philippe Martinez, le Secrétaire général de la CGT était ce samedi à Martigues, pour faire un point de la situation avec les différents délégués départementaux et locaux, à la veille de la journée nationale d’action de ce mercredi 2 décembre. « Ce mercredi, c’est aussi le jour où "les 5 d’Air-France" passeront devant le tribunal, c’est l’occasion de manifester notre soutien et de dénoncer les violences patronales que nous subissons depuis de trop longs mois » lance Olivier Mateu, le Secrétaire départemental de la CGT 13. « Nous payons cher les décisions prises par le gouvernement et le patronat qui n’ont que pour objectif de satisfaire les actionnaires, et nous ne l’acceptons pas ! » conclut-il avant de laisser la parole à Philippe Martinez. « La situation d’Air France est à ce titre emblématique : réprimer plutôt que de discuter des alternatives que les salariés et la CGT portent. Beaucoup d’entreprises peuvent se reconnaître dans le cas Air France. » Pour rappel, « la direction a annoncé 3.000 suppressions de postes, 5.000 autres sont à venir. A Marseille, il s’agit de supprimer 170 équivalent temps pleins » précise Aimé Musto, délégué national CGT des personnels d’Air-France.

« Nous sommes dans un contexte particulier, en état d’urgence, certes, en tant que citoyens nous sommes affectés - la famille CGT a perdu 3 des siens au Bataclan » stipule Philippe Martinez. Ceci dit « les problématiques d’avant le 13 novembre sont toujours là ». D’ailleurs, « les problèmes sociaux (chômage, misère) sont un des terreaux qui favorise ceux qui commettent de tels actes terroristes » selon le Secrétaire général. Et de rappeler l’importance de « l’intégration par le travail car normalement, le travail, -dans des conditions décentes- s’effectue au sein d’un collectif, où l’on parle, discute, crée des liens, des solidarités ». Le mouvement de grève à Air France, « devrait être suivi à hauteur de 80% » selon la CGT…

La Marseillaise, le 29 novembre 2015

Au fil des rencontres

Marcel Croquefer, CGT Dunkerque. La raffinerie de « l’après Pétrole », Marcel Croquefer, de l’union locale CGT de Dunkerque y croit dur. Un film de quatre minutes projeté sur le grand écran de la salle du Grès et voici présenté un processus permettant de redonner une nouvelle vie à l’ancienne raffinerie de Total. Malgré un combat de longue haleine et « une action juridique qui s’est soldée par un succès » pour les salariés, l’entreprise n’a jamais rouvert. Le principe exposé est simple, « et d’avenir », il s’agit de transformer la raffinerie des Flandres en site de production d’hydrogène, « par électrolyse ». grâce aux cinq éoliennes dont est équipée l’usine, et le savoir-faire des anciens salariés. « L’hydrogène peut être stocké et alimenter voitures, bus, logement ». « Cette initiative s’inscrit dans la dynamique de l’après-pétrole… » souligne l’orateur, si les grands groupes pétroliers font officiellement la sourde oreille à cette innovation, Marcel Croquefer constate tout de même que « Total a récemment débuté un projet basé sur cette technologie à l’aéroport de Berlin ». De nombreuses démarches ont été également faites auprès des différents ministères pour défendre cette idée, synonyme à la fois de réindustrialisation et d’énergie propre, et qui tombe à point nommé en ce début de COP 21…

Jean-Marie Valentin, avocat d’affaires. Il connaît sur le bout des doigts les « dossiers » de Kem One, Pétroplus ou Liondel-Basell pour avoir été l’avocat des salariés. La viabilité d’une entreprise ou d’une sauvegarde dépend d’un principe : l’alignement des intérêts des parties prenantes. Étant entendu que « s’aligner sur les seuls intérêts de l’actionnaire est une erreur, puisque celui-ci n’a que pour principale ambition de faire de la plus-value ou d’améliorer sa situation au niveau d’un groupe ». Un alignement qui s’effectue selon deux points : « l’intérêt social de l’entreprise et l’impact de la société sur son marché ». Dans chaque statut, il y a l’objet social de la société. « Et je n’ai jamais vu comme objet : faire la fortune de ses actionnaires » constate-t-il. Ensuite, « il faut que la société ait un marché. Et si un projet remplit ces deux critères, il doit fonctionner ». Reste à faire reconnaître « la légitimité » dudit projet, lorsqu’il est notamment défendu par les salariés et leur syndicat. Une nécessité d’autant plus impérieuse que « la situation évolue vite, aujourd’hui, avec l’ANI, la négociation et l’expertise durent 4 mois maximum. Et c’est une véritable course contre la montre » conclut- il. Un délai qui ne permettrait plus aujourd’hui aux ex-Fralib de maintenir la pression sur 1336 jours et de déboucher sur la création de leur scop.

La Marseillaise, le 29 novembre 2015

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