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Portugal. La gauche unie suspendue à l’aval du Président de droite

Après un accord entre socialistes, communistes, écologistes et formations d’extrême gauche, la balle est dans le camp du chef de l’État.

Après la chute mardi du gouvernement de droite, le Portugal était suspendu à la décision du Président Anibal Cavaco Silva, qui devra décider s’il charge les socialistes de former le nouvel exécutif.

Avant toute décision, le Chef de l’État pourrait prendre le temps de consulter tous azimuts, dans la mesure où la Constitution portugaise ne lui impose aucun délai pour nommer un Premier Ministre. Il a d’ailleurs prévu de rencontrer les partenaires sociaux aujourd’hui.

M. Cavaco Silva, un conservateur qui n’a jamais caché sa réticence à nommer un gouvernement soutenu par les partis de gauche, pourrait exiger des garanties de stabilité supplémentaires de M. Costa. Il pourrait aussi laisser en place un gouvernement de gestion de droite en attendant de nouvelles élections, une hypothèse que semble toutefois écarter le Premier Ministre démissionnaire Pedro Passos Coelho.

En tout état de cause, le Parlement ne peut pas être dissous dans les six premiers mois de la législature, ce qui empêche la convocation immédiate d’un scrutin législatif.

Accords a minima

Les trois accords distincts conclus avec les partis de gauche radicale « permettent de former un gouvernement stable pour l’ensemble de la législature », avait fait valoir Antonio Costa après le vote unanime de la gauche au Parlement contre le gouvernement. « Je ne crois pas en la cohésion de cette nouvelle majorité, et le pays non plus », a réagi M. Passos Coelho.

Au pouvoir depuis 2011, M. Passos Coelho avait été reconduit à la tête du gouvernement après avoir remporté les élections législatives du 4 octobre, mais il avait perdu sa majorité absolue.

C’est en s’élevant contre la politique d’austérité de la droite que M. Costa a réussi à obtenir le soutien du Bloc de gauche, proche de Syriza au pouvoir en Grèce, du Parti communiste et des Verts, une alliance jamais vue en 40 ans de démocratie portugaise.

Mais les trois documents signés mardi à huis clos sont des accords a minima: ils ne garantissent pas l’approbation d’un budget, pourtant indispensable pour gouverner, et aucun des partis de la gauche antilibérale n’a souhaité entrer dans un gouvernement socialiste.

Ils ne font, de plus, aucune référence aux engagements européens du Portugal, l’un des points d’achoppement entre le PS, très europhile, et ses partenaires, traditionnellement critiques envers Bruxelles.

Dans la capitale européenne, on refuse pourtant de comparer la situation du Portugal à celle de la Grèce. Et le Parti socialiste européen a déjà appelé le Président portugais à nommer Antonio Costa Premier Ministre, jugeant qu’« après quatre ans d’austérité, il est temps de donner sa chance à un gouvernement progressiste ».

Antonio Costa assure que le Portugal « respectera ses engagements européens », et ne cesse de donner des gages du sérieux de son programme économique, qui prévoit notamment un déficit revenu dès 2016 dans les limites fixées par Bruxelles, à 2,8% du PIB.

Interrogé sur l’éventualité d’une motion de censure fratricide de l’un des partis de gauche radicale, Antonio Costa a reconnu mardi que « si ça devait arriver un jour, ce serait comme déposer une demande de divorce. Ce jour là, ce serait la fin du mariage, la fin du gouvernement ».

La Marseillaise, le 12 novembre 2015

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