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Portugal. L’alliance de toutes les gauches est en marche

Le socialiste Eduardo Ferro Rodrigues a été élu hier à la présidence de l’Assemblée. L’objectif est de faire chuter le futur gouvernement de droite.

La gauche portugaise, majoritaire dans le Parlement qui s’est réuni pour la première fois vendredi, se met en ordre de bataille avec la ferme intention de faire tomber le futur gouvernement de droite du Premier Ministre désigné Pedro Passos Coelho.

Le Parti socialiste, arrivé deuxième lors des élections législatives, avec 32,3% des voix contre 38,6% à la droite, est en train de peaufiner les détails d’une alliance avec les partis de la gauche antilibérale, inédite en 40 ans de démocratie portugaise. Jeudi soir, en annonçant sa décision de reconduire M. Passos Coelho à la tête du gouvernement, le Président conservateur Anibal Cavaco Silva a tiré à boulets rouges sur une éventuelle union de la gauche. Selon lui, cette « alternative incohérente » risque d’avoir des « conséquences financières, économiques et sociales bien plus graves », qu’un gouvernement de droite dont la stabilité n’est pas assurée.

Le Parti socialiste a répliqué en affirmant « ne pas avoir de leçon à recevoir du Président ni de la droite », appelant son Groupe parlementaire à faire tomber le futur gouvernement de M. Passos Coelho, comme l’avaient déjà fait le Bloc de gauche, le « Syriza » portugais, le Parti communiste et les Verts.

L’épreuve de force aura lieu lors du vote du programme de gouvernement, que la coalition de droite devra présenter au Parlement au plus tard dix jours après son entrée en fonctions. Dans la nouvelle Assemblée, l’ensemble de la gauche totalise 122 sièges sur 230, contre 107 pour la coalition de droite qui a remporté le scrutin du 4 octobre malgré quatre ans de rigueur budgétaire. La gauche a déjà montré son unité vendredi, en élisant avec 120 voix le socialiste Eduardo Ferro Rodrigues à la présidence de l’Assemblée. « Cette nouvelle législature sera marquée, dès le début, par la volonté de changement et la construction d’une nouvelle étape dans notre démocratie », s’est félicité le patron des socialistes Antonio Costa.

Si la gauche provoquait la chute de M. Passos Coelho, le patron du PS Antonio Costa n’est pourtant pas assuré d’arriver au pouvoir. « Le discours du Président a été si violent qu’il est peu probable qu’il accepte de nommer un gouvernement socialiste soutenu par les partis à sa gauche », estime le politologue Antonio Costa Pinto. Le Président pourrait en effet maintenir M. Passos Coelho à la tête d’un gouvernement de gestion des affaires courantes, en attendant une éventuelle dissolution du Parlement, qui ne pourra intervenir que dans six mois.

Pour éviter une telle impasse, M. Cavaco Silva a invité l’aile droite du parti socialiste à briser la discipline de parti, appelant les Députés à « se prononcer, en conscience, en prenant en compte les intérêts supérieurs du Portugal ». Pour la politologue Marina Costa Lobo, l’intervention virulente de M. Cavaco Silva « aura l’effet d’un ciment, unifiant les partis de gauche, qui se sentiront plus forts pour rejeter le programme du gouvernement ». Réputé pour ses qualités de négociateur, M. Costa doit à présent graver dans le marbre un accord de grande coalition à gauche. Un scénario encore impensable il y a trois semaines.

La Marseillaise, le 24 octobre 2015

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