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Turquie. En pleine manifestation pacifique, le carnage

Scène de guerre hier devant la gare centrale d’Ankara où a eu lieu le plus grave attentat jamais commis sur le sol turc. Le bilan fait état d’au moins 95 morts et 246 blessés.

Des dizaines de cadavres sur l’asphalte, du sang sur des centaines de mètres, des cris et des larmes. A 10h04 hier, la capitale turque Ankara a plongé dans l’horreur, touchée en son cœur par un double attentat qui a fait au moins 86 morts. Ce dernier a visé une manifestation pour la paix organisée par l’opposition pro-kurde, à trois semaines des élections législatives anticipées. Deux fortes explosions ont secoué les alentours de la gare centrale où des milliers de militants venus de toute la Turquie à l’appel de plusieurs syndicats, d’ONG et partis de gauche se rassemblaient pour dénoncer la reprise du conflit entre Ankara et les rebelles kurdes.

La chaîne d’information NTV a diffusé une vidéo prise par un amateur montrant des groupes de militants chantant et dansant la main dans la main avant d’être précipités au sol par la violence de la déflagration. « On a entendu une grosse et une petite explosion et il y a eu un gros mouvement de panique, ensuite nous avons vu des corps qui jonchaient l’esplanade de la gare », a déclaré Ahmet Onen, retraité. Au milieu des décombres et des corps, de nombreuses billes d’acier, généralement utilisées pour aggraver l’impact des engins explosifs, jonchent le sol. Autour des lieux du drame, des dizaines de personnes affolées tentent de retrouver leurs proches. Parmi eux, un jeune homme qui se ronge les ongles, angoissé, qui interpelle tous ceux qui passent à côté de lui. « Je veux le voir, je veux le voir », hurle un peu plus loin une femme à la recherche d’un proche. Sans ménagement, la police la repousse hors du périmètre de sécurité.

Dans les rangs des rescapés, choqués, la colère gronde. Beaucoup accusent les forces de l’ordre de n’avoir pas correctement assuré la sécurité de leur rassemblement. « Aucun des manifestants venus à ce point de rassemblement n’a été fouillé par les agents », dénonce Ahmet Onen. Un groupe de manifestants s’en prend à un chef de la police, ses hommes tirent des coups de feu en l’air pour les écarter.

Selon un bilan encore provisoire rapporté par le Ministre de la Santé, Mehmet Müezzinoglu, 95 personnes sont mortes et 246 autres blessées, dont certaines très grièvement. Dans une déclaration, le Président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan a dénoncé une « attaque haineuse contre notre unité et la paix de notre pays » et promis « la réponse la plus forte » contre ses auteurs. L’attentat a très probablement été commis par deux kamikazes, a déclaré le Premier Ministre islamo-conservateur turc Ahmet Davutoglu. Le chef du Gouvernement a indiqué qu’aucune revendication ne lui était parvenue. Mais il a cité trois organisations « capables » de commettre un tel attentat : les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), le groupe jihadiste État islamique (EI) et le Parti/Front révolutionnaire de libération du peuple (DHKP-C) d’extrême gauche. Ces explosions interviennent à trois semaines des élections législatives anticipées du 1er novembre, alors que les affrontements, meurtriers et quotidiens, font rage entre les forces de sécurité turques et le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) dans le sud-est de la Turquie.

Réactions en chaîne

La chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini a appelé la Turquie à « rester unie » contre les « terroristes ». Le Président français François Hollande a condamné une « attaque terroriste odieuse », alors que son homologue russe Vladimir Poutine a adressé ses condoléances à Recep Tayyip Erdogan. L’ambassadeur des États-Unis à Ankara John Bass s’est déclaré sur Twitter « horrifié » tandis que la Chancelière allemande Angela Merkel a déclaré avoir appris cette nouvelle avec « tristesse et consternation ». Des manifestations spontanées ont eu lieu en Suisse, en Allemagne mais aussi dans plusieurs villes de France, dont une à Paris, où environ un millier de personnes ont manifesté à l’appel du Conseil Démocratique Kurde en France (CDKF) qui condamne « avec force cet attentat lâche et immonde ». A Marseille ou Bordeaux, la communauté kurde est également descendue dans la rue.

Le principal parti pro-kurde de Turquie a dénoncé un « terrible massacre » et mis en cause la responsabilité du gouvernement. « C’est une attaque barbare qui a été commise », a réagi le chef de file du Parti démocratique des peuples (HDP), Selahattin Demirtas, « nous sommes confrontés à un État meurtrier qui s’est transformé en mafia ». Dans la soirée, quelque 10.000 personnes ont dénoncé à Istanbul la responsabilité du gouvernement. Derrière une large bannière proclamant « nous connaissons les meurtriers », les manifestants ont conspué Recep Tayyip Erdogan et son Parti de la justice et du développement (AKP). Des rassemblements similaires ont été signalés entre autres à Diyarbakir, la grande ville du sud-est à majorité kurde, où des incidents ont éclaté entre manifestants et police. La Turquie a décrété trois jours de deuil national.

La Marseillaise, le 11 octobre 2015

Le PKK annonce « une période d’inactivité »

Sans faire mention de l’attentat survenu hier à Ankara, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) a annoncé hier quelques heures après l’événement, la suspension de ses activités avant les élections. « Tenant compte des appels venus de Turquie et de l’étranger, notre mouvement a décrété une période d’inactivité pour nos forces de guérilla, sauf si nos militants et nos forces de guérilla étaient attaqués », a publié sur son site internet l’Union des communautés du Kurdistan (KCK), l’organisation qui chapeaute les mouvements rebelles kurdes.

« Nous ne ferons rien qui peut empêcher une élection équitable », a ajouté le mouvement.

Aider le parti démocratique des peuples

« Pendant cette période, nos forces de guérilla ne mèneront pas leurs activités prévues et n’engageront aucune autre activité hormis celles destinées à protéger leur situation actuelle et ne feront rien qui pourrait empêcher une élection honnête », a ajouté le KCK dans une déclaration publiée sur son site internet. Dans un entretien accordé mardi à l’AFP dans son repaire irakien, le chef du PKK Cemil Bayik avait annoncé une « initiative » destinée à aider le Parti démocratique des peuples (HDP, prokurde), avant les législatives anticipées du 1er novembre prochain.

« Nous sommes prêts à cesser le feu dès maintenant », avait dit Cemil Bayik, « il est nécessaire d’aider le HDP ». Lors des législatives du 7 juin, le HDP avait remporté 13% des suffrages et 80 sièges de Députés, contribuant à faire perdre au parti du Président Recep Tayyip Erdogan la majorité absolue qu’il détenait depuis treize ans. Après l’échec des négociations pour la formation d’un gouvernement de coalition, il a convoqué des élections anticipées pour le 1er novembre.

La Marseillaise, le 11 octobre 2015

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