Fédération des Bouches-du-Rhône

Fédération des Bouches-du-Rhône
Accueil > Idées
 

Le 16 mars. La Marseillaise refait son look

Le bulletin de souscription

 
 
 

Georges Righetti. Un homme de dialogue

L’ancien directeur de la Marseillaise est décédé lundi à l’âge de 89 ans. Il aura marqué l’histoire du mouvement ouvrier et de notre journal. Retour sur une vie riche en engagements.

Né à Marseille le 27 juillet 1925 dans une famille d’immigrés antifascistes italiens, Georges Righetti passe son enfance dans le département de la Creuse où son père exploitait une carrière de granit. Après l’obtention du certificat d’études primaires en 1937, il continua ses études dans un cours complémentaire de Guéret puis de Marseille où ses parents étaient revenus habiter en 1939.

Les difficultés de sa famille contraignirent Georges Righetti, le jour même de ses quinze ans, à travailler comme apprenti tailleur de pierres dans une entreprise de monuments funéraires. Bien que devenu ouvrier qualifié en 1942, il fut contraint à cause du manque de travail de s’embaucher en tant que terrassier dans les Alpes-Maritimes. Après avoir été tailleur de pavés, Georges Righetti apprit à la fin de l’année 1943, le métier de boiseur-ferrailleur dans le secteur du béton armé. Il travailla jusqu’en 1946 à la construction de hangars dans la gare des Abeilles à Marseille.

Au début des années quarante, Georges Righetti militait à la JOC. En 1943, il rejoignit la CGT clandestine de son chantier. C’est au sein de ce dernier qu’il organisa la grève du 25 mai 1944 et l’insurrection du mois d’aût suivant.

Engagement à la CGT et au PCF

A la libération, Georges Righetti fut nommé Secrétaire de la section syndicale et délégué du personnel de son entreprise. Il devint aussi responsable à la jeunesse au sein du syndicat CGT du bâtiment et de l’Union locale de Marseille. Afin de poursuivre un engagement datant de la clandestinité, il régularisa son appartenance au PCF le 1er mai 1945.

En 1946, à la demande de François Billoux, Georges Righetti dirigea les travaux de construction de la cité administrative provisoire du ministère de la Reconstruction. Il fut élu l’année suivante Secrétaire départemental du syndicat CGT du bâtiment, du bois et des matériaux de construction. Membre de la Commission nationale exécutive de cette fédération, il se vit attribuer la responsabilité d’une région allant de la frontière italienne à celle de l’Espagne en passant par la Drôme. Georges Righetti s’occupa aussi des démineurs ainsi que des travailleurs vietnamiens regroupés dans les camps et dispensa des cours à l’école départementale des cadres syndicaux. Le 28 février 1948, le jour même où il épousait Madeleine Juge (fille de Camille Juge, militant cheminot qui avait été blessé par la police lord de la grève de 1920), il fut élu membre du comité fédéral du PCF. Après avoir suivi en 1949 quatre mois de cours à l’école nationale de Viroflay, il fut promu l’année suivante au bureau fédéral.

Georges Righetti se montra particulièrement actif lors de la grève illimitée du bâtiment du mois de mars 1950. Cette implication lui valut d’être inculpé à plusieurs reprises pour injures et diffamations envers les CRS (il fut acquitté en correctionnelle puis en Cours d’Appel).

D’avril à août 1950, une maladie pulmonaire le força à séjourner dans le Briançonnais.

De retour à Marseille, Georges Righetti, du fait de son engagement militant, ne fut embauché que le 1er octobre 1950 sur un chantier de la Feuilleraie. Le 11 janvier 1951, la maladie le força de nouveau à interrompre son métier de boiseur-ferrailleur. Lorsqu’il fut rétabli, la fédération communiste des Bouches-du-Rhône demanda à Georges Righetti de devenir journaliste à Provence-Nouvelle, hebdomadaire dont il exerça la direction de 1952 jusqu’en février 1954.

Siégeant toujours au bureau fédéral durant ses deux années, il fut par ailleurs membre de la commission permanente du Mouvement de la paix.

A la Marseillaise de 1967 à 1982

De mars 1954 à octobre 1955, Georges Righetti fut premier Secrétaire de la section Port et Marine et dirigea le mensuel Le Courrier du port. Candidat dans le 9ème canton de Marseille, il fut battu à l’issue du second tour le 24 avril 1955. Sur décision de la direction nationale du PCF, Georges Righetti fut affecté en tant que directeur et rédacteur en chef au Patriote de Saint Etienne. Il intégra alors le bureau de la fédération de la Loire. Le 1er juin 1956, il fut nommé correspondant permanent de l’Humanité à Rome.

De retour à Marseille, Georges Righetti cumula, du 1er janvier 1958 à la fin du mois de septembre 1961, les fonctions de directeur adjoint de La Marseillaise et de responsable de l’imprimerie. Suppléant d’Yvonne Estachy, il fut battu lors du second tour des législatives de novembre 1958. En 1960, il supervisa la création du comité inter arrondissements de Marseille Sud et reçut la charge du comité du parti pour les hôpitaux.

En octobre 1961, Georges Righetti fut élu Secrétaire fédéral chargé plus spécialement de la propagande. Il conserva cette responsabilité jusqu’en 1967 tout en s’occupant des cadres du parti et des questions économiques. Il revint à La Marseillaise en octobre 1967. Tout d’abord rédacteur en chef, il fut promu directeur politique en 1970, directeur général en 1974, président directeur général en 1977. A cette époque, il était aussi syndic du syndicat des quotidiens régionaux et membre de la commission plénière de la Fédération nationale de la presse française.

Ayant quitté La Marseillaise en 1982 à l’occasion de son départ en pré retraite, Georges Righetti se consacra à des recherches sur l’histoire du PCF dans le département, réalisa de nombreuses expositions et multiplia les conférences et les émissions historiques sur les ondes de Radio Sprint. Il collabora avec Antoine Olivesi à la rédaction de plusieurs biographies destinées au Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français.

Georges Righetti quitta définitivement Marseille en 1991 pour s’installer dans un petit village des Hautes-Alpes. Il s’y consacra à des recherches sur l’histoire de sa commune, publiant un périodique et devenant Secrétaire d’une société d’études sur la vie et l’œuvre de Saint Eldrade , le fondateur du village. Il anima des clubs de seniors, créa un atelier de généalogie et répondit aux sollicitations des chercheurs. Les séquelles d’un grave accident survenu en mai 2002 ont contraint Georges Righetti à restreindre ses activités mais il n’en continua pas moins à poursuivre ses recherches et à écrire ses souvenirs.

Il s’est éteint le 13 juillet 2015 entouré de l’amour des siens.

Jean-Claude Lahaxe (La Marseillaise, le 15 juillet 2015)

« Une profonde reconnaissance »

Nous apprenons le départ de Georges Righetti et une grande tristesse nous étreint tant son nom est associé au combat valeureux de La Marseillaise. Son engagement a marqué l’histoire de notre journal, dans une période d’intenses espoirs populaires marquée par des contradictions politiques croissantes. Georges Righetti avait commencé à travailler comme tailleur de pierres. Militant CGT, dont il fut l’un des dirigeants de l’Union départementale, il avait également été à l’école de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne. Il avait adhéré aux Jeunesses communistes en 1944 puis au PCF en 1945. Devenant journaliste, à L’Humanité, avant de venir jouer un rôle au sein de la direction et de la rédaction de La Marseillaise, dont il fut rédacteur en chef et directeur politique. Puis, il avait pris la suite de Marcel Guizard et chacun s’accorde à reconnaître les qualités politiques qui avaient fait de lui à la fois un dirigeant communiste de premier plan au côté de François Billoux, et un directeur de journal respecté.

Au sein du bureau fédéral du PCF dans les Bouches-du-Rhône, il avait en charge l’animation du travail avec les intellectuels et en direction des croyants. Avec Lucien Sève, il avait fondé L’université nouvelle. C’étaient des périodes d’affrontement intense et à sa place, il a tant donné pour faire grandir le combat des siens.

A Georges, qui nous a précédés, nous vouons une profonde reconnaissance. Notre meilleur hommage est ce journal qui continue. A sa famille, nous adressons nos fraternelles condoléances.

Pierre Dharréville, Président des Éditions des Fédérés (La Marseillaise, le 15 juillet 2015)

Il y a actuellement 0 réactions

Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires.