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Santé au travail. Prévenir plutôt qu'échouer à guérir

La Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail se tiendra mardi 28 avril à Venelles. A l'initiative de la Fondation Copernic.

Sept ans déjà que Michel Bianco, membre de la Fondation Copernic, organise une soirée annuelle de débats à l'occasion de la Journée mondiale de la santé et de la sécurité au travail, initiée par l'Organisation internationale du travail (OIT). Avec pour thème en 2015 « Le rôle du médecin du travail au sein de la nouvelle réforme de la santé et de sécurité », cette initiative, inscrite dans le cadre de la campagne lancée il y a plusieurs années « Travailler tue ! », est « une sorte de commémoration réunissant d'un côté des témoignages et de l'autre des avis de spécialistes », explique le militant incollable qui ajoute : « Ce sujet concerne tout le monde. C'est un débat public qui perdure hélas. Pour ne parler que de l'amiante : 100.000 personnes seront touchées dans les années à venir. »

Toutes les 15 secondes, un salarié meurt

En France, le dernier rapport du Ministère sur les conditions du travail publié en janvier 2015, concerne l'année 2013 (statistiques 2012). Bien que mettant l'accent sur la prévention, le rapport fait état de 618.263 accidents de travail déclarés avec plus d'un décès par jour (541 par an), 51.452 cas de maladies professionnelles et 93.363 accidents de trajet. Un rapport d'autant plus alarmant que nombre de cas ne sont pas reconnus comme « accidents de travail ou maladies professionnelles » et que l'OIT recense dans le monde qu'un travailleur meurt toutes les 15 secondes d’accident ou de maladie liés au travail. Avec chaque jour, 6.300 décès (plus de 2,3 millions de morts par an), le coût humain de cette menace quotidienne, selon l'OIT, est considérable et représente 4% du produit intérieur brut par an.

« Pour combien de temps encore le travail tue ?  Dans les années 80, le travail tuait bien plus que l'épidémie de Sida, aujourd'hui en supprimant les avancées sociales, le travail tuera bien plus », évoque Michel Bianco. Avec l'objectif d'alerter le public et les pouvoirs, la journée du 28 avril est axée sur « une culture préventive de sécurité et de santé au niveau national où le droit à un milieu de travail sûr et salubre est respecté à tous les niveaux, où gouvernements, employeurs et travailleurs s’emploient activement à assurer ce milieu par la mise en place d’un système de droits, de responsabilités et d’obligations bien définis, et où le principe de prévention se voit accorder la plus haute priorité ».

L'occasion également de prises de parole par des membres de familles qui demandent toujours réparation auprès de la justice, là où le salarié fut victime à défaut de prévention comme Audrey Wawrzacz dont le père, âgé de 64 ans est invalide, depuis 2001, suite à un grave accident de la route au travail, ou encore Danielle Lachaux, dont l'époux est décédé en 2011 après à une chute en mission pour France Télécom Orange.

A l'heure où la loi Macron prévoit de supprimer l'autonomie des CHSCT, 30 ans après les lois Auroux qui auront donné pourtant le pouvoir aux expertises nécessaires, aux recours en justice et à la protection de la santé des travailleurs et sans lesquelles, pour exemple, l'ex PDG d’Orange n’aurait jamais pu être mis en examen pour ses méthodes de « management par la terreur », la santé du salarié autant que la prévention du risque au travail sont d'autant plus menacées en France.

Houda Benallal (La Marseillaise, le 20 avril 2015)

Mourad Tatah. « La flexibilité pose énormément de problèmes »

Médecin du travail à Venelles au service Santé au travail Provence, enseignant vacataire à la faculté de médecine de Marseille, Mourad Tatah fait partie des intervenants invités.

La Marseillaise. Comment voyez-vous cette nouvelle réforme sur la santé et sécurité au travail ?

Mourad Tatah. La réforme est nécessaire, là où le médecin du travail assumait tout, il va pouvoir déléguer, ce qui permet de respirer. L'équipe comprendra une infirmière habilitée à accueillir une fois tous les deux ans les travailleurs sauf pour l'examen clinique. Ça reste une sentinelle, c'est de la surveillance médicale simple ne concernant pas les visites d'embauche, de reprise…

La Marseillaise. En quoi cette réforme peut-elle contribuer à la prévention ?

Mourad Tatah. Il est trop tôt pour le dire, il faut attendre 2/3 ans. On n'est pas des organismes experts, mais l'inspecteur du travail se sert de nos rapports. Notre problème est qu'on n'a pas su communiquer sur les questions de santé au travail. Mais la situation est difficile. Il y a 10 ans, on faisait le tour de la question, aujourd'hui le patient reste parfois 1h30 dans le cabinet…

La Marseillaise. Vous voulez dire que la souffrance au travail est plus grande et demande plus d'attention ? C'est dû à une flexibilité accrue ?

Mourad Tatah. Oui la flexibilité pose énormément de problème. Aujourd'hui, les salariés savent qu'ils ne feront pas carrière dans l'entreprise dont la durée de vie est limitée. En plus ils sont soumis à une flexibilité importante. Avant les problèmes de santé étaient soit relationnels, soit physiques. Aujourd'hui, il s'agit de souffrance mentale. Même les directeurs en sont victimes puisqu'ils sont éjectables. C'est simple : il y a 15 ans, 70% des visites étaient périodiques, et 30% non périodiques. Aujourd'hui c'est l'inverse. Les visites de pré-reprise ont explosé. Et on sait par le CIRC notamment que, par exemple, le travail de nuit contribue au stress, ce qui devient un facteur de cancers.

La Marseillaise. Comment voyez-vous l'éventuelle réforme touchant les CHSCT ?

Mourad Tatah. Le CHSCT est indispensable car il permet d'actualiser les choses. Cette réforme est un danger, sans l'autonomie des CHSCT, un problème décelé entraînant une lettre d'alerte pourra être tu par l'employeur au pouvoir décisionnaire alors.

Propos recueillis par La Marseillaise, le 20 avril 2015

Livré à lui-même 15 ans après

Bruno Wawrzacz, employé par Pomona Passion Froid, a été victime d’un accident de travail grave le 15/11/2001 par un défaut d’entretien du camion de la société Fraikin Locamion. Quatorze ans après, l'action juridique stagne comme le souligne sa fille Audrey qui a lancé une pétition : « A 64 ans, mon père n’a toujours pas pu bénéficier des soins médicaux et chirurgicaux nécessaires. Traumatisé crânien grave, handicapé IPP 84%, 6 plaques de titane dans le visage, mâchoire enfoncée, défaut de mastication (plus de dents), douleurs dans le visage, trouble de la vision, perte de l’odorat et du goût, impact psychologique et financier (avocats, frais de procédure)… » Débouté à 4 reprises, Bruno Wawrzacz est condamné aux entiers dépens. Audrey précise : « La loi Badinter a été irrecevable par le TGI d’Aix le 22/01/2007. Puis, mon père a été débouté en appel le 17/06/2009. Un nouvel avocat saisit le tribunal des affaires de Sécurité sociale pour faute inexcusable de l’employeur. Mon père est débouté en 1ère instance à Marseille le 27/11/2012 puis en appel le 03/04/2014. » Les chances d’aboutir à une indemnisation intégrale des préjudices s’amoindrissent. « Cette affaire est devenue un cas complexe bâclé, avec de nombreuses anomalies signalées mais sans que ce ne soit pris en compte », conclut Audrey Wawrzacz, qui demande une audience avec François Hollande.

La Marseillaise, le 20 avril 2015

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