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Macron pousse tous les secteurs dans la rue

Convergence. Cortège sur la route des usines en danger. 2 000 à marcher de Saint-Louis Sucre au Port, pour l’emploi, les salaires et la protection sociale que la loi Macron veut encore affaiblir.

Être dans la rue pour ne pas être mis à la rue. Le projet de loi du ministre de l’Économie fait l’unité contre lui. Une nouvelle salve était donnée hier par l’ensemble des sections syndicales de la CGT des Bouches-du-Rhône, rejoint par Solidaires et la FSU. Tous secteurs confondus, salariés, précaires, retraités et chômeurs ont inauguré un parcours empruntant le chemin ponctué d‘entreprises en lutte, de l’usine Saint-Louis sucre au GPMM pour s’opposer au choix du gouvernement qui veut imposer avec le forceps du 49.3 une loi « pour la croissance et l’activité » qui amplifie les inégalités déjà réactivées par la politique d’austérité.

Rendez-vous était donné devant un des derniers symboles en date de la casse économique et sociale à l’oeuvre : l’entreprise historique de Saint-Louis Sucre dans les quartiers Nord. En dépit d’un octroi de 1,4 million d’euros d’argent public au titre du CICE (crédit d’impôts pour la compétitivité et l’emploi) la direction décide de fermer l’activité raffinage du site marseillais. « L’argent public sert donc à liquider 77 emplois directs », réagit Fabien Trujillo, délégué syndical CGT arborant un T-shirt « le raffinage c’est l’avenir », « alors que d’autres sociétés font le choix inverse de miser sur cette activité ». Et de déplorer de n’avoir « pas entendue la maire PS du secteur élever la voix contre ce projet, car c’est plus d’emplois qu’on a besoin dans ces quartiers que de l’armée ».

Casse à la chaîne

Le sucre qui arrivait brut au port de Marseille, débarquera désormais déjà raffiné à Fos. De quoi impacter l’emploi des dockers sur les bassins Est : « Nous perdrons encore près de 1000 jours de travail avec la réduction d’activité chez Saint-Louis », comptabilise Ludovic Lomini, Secrétaire général CGT des 400 dockers de Marseille qui voit d’un oeil sombre cette loi « qui met les travailleurs en concurrence, casse les CE et donne encore plus de pouvoir au patronat pour licencier ». Des pertes qui risquent de s’ajouter aux 15% d’activité que représenteraient pour eux la fin de la SNCM, pressurisée par ses actionnaires dont l’État. A Fos les 1200 dockers ne doivent leur maintien « qu’aux investissements sur Fos XXL pour l’accueil du fret international », précise Stéphane Stammatiou leur Secrétaire général.

Les salariés SNCM sont forcément de la partie, banderole « Scandale d’État » au poing. Secrétaire général CGT marins de Marseille, Frédéric Alpozzo pose les jalons du projet gouvernemental qui motive leur colère : « cette loi, une des plus réactionnaires, est néfaste à l’ensemble des salariés car c’est un chasse-trappe à la déréglementation de tous les secteurs dont le maritime où on libéralise à plein temps la règle du travailleur détaché et la précarité permanente ». Peu importe les conditions de travail, avec Macron, seuls les bénéfices comptent. Or Chez Protec Métaux d’Arenc, « pas de bénéf’, mais un chiffre d’affaires », stipule Vincent Vadrot, « et avec Macron, on va perdre les CHSCT ». A la Mède, où le manque d’investissement a précipité les salariés dans la précarité et accentué la dangerosité du site, « on attend toujours le plan de restructuration concocté par Total mais on sait qu’à minima c’est 150 emplois de sucrés », dénonce Fabien Cros, le secrétaire du CE. A la Centrale de Gardanne, si on s’en trouve un peu mieux aujourd’hui, « on est là par solidarité parce que c’est la convergence des luttes qui nous a sauvés », estime Nadir Hadjali. De même pour les Fralibs.

Les bénéficiaires des Restos du Cœur regardent médusés les banderoles de la métallurgie, de la pétrochimie, des Télécoms, de la Filpac, du SGLCE-SAD, du Comité chômeurs, des JC, des retraités ou de l’AP-HM s’avancer. Un monsieur lâche au passage : « on va être nombreux à venir ici à ce rythme ». Les conditions de travail dégradées portent déjà sur le moral des troupes à l’hôpital Nord. Pascale Jourdan, infirmière témoigne d’une souffrance des personnels « dont 30% ne sont pas renouvelés pour faire des économies, c’est jusqu’au femmes de ménage ce qui prive d’un accueil décent, des services disparaissent ». Pas mieux pour France Télécom Orange. Danis Capdevielle souligne une retour à la série noire de 2008 où la crise avait provoqué de nombreux suicides: « déjà une dizaine cette année qui ont motivé 3 CHSCT extraordinaires. Et chez SFR le rachat par Numéricable se fait également au détriment de l’emploi ».

Final du cortège sur le port. Ludovic Lomini, « fier des liens qui nous unissent », passe à l’offensive : « le port meurt au fur et à mesure des fermeture d’usines. C’est la fin des manif’ de parade. Le 9 avril, il y aura des actions dans tous les ports de France ». Le Secrétaire général de l’UD CGT 13, Thierry Pettavino invite « à se mobiliser en masse le 9 et le 17 sans relâche contre ces reculs sans précédents, le 23 pour La Marseillaise et le 31 à Aubagne » avec des chiffres sans appel : « il y a 30 ans on travaillait deux semaines pour remplir les poches d’actionnaires, aujourd’hui, c’est six ».

Myriam Guillaume (La Marseillaise, le 13 mars 2015)

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