Fédération des Bouches-du-Rhône

Fédération des Bouches-du-Rhône
Accueil
 
 
 
 

Journée pour les droits des femmes. De Marseille à Kobané une marche solidaire

Ce 8 mars est venu célébrer comme chaque année la Journée internationale des femmes. Une journée hautement symbolique qui fut l’occasion de lancer la 4e Marche mondiale des femmes (MMF). L’événement international, qui a lieu tous les 5 ans, permet de réunir les féministes d’une cinquantaine de pays dans le but de définir des valeurs communes et universelles à défendre. C’est au départ de l’esplanade de la gare Saint-Charles et en direction du Vieux-Port que les femmes ont battu le pavé à Marseille. L’occasion de rappeler pour toutes les organisations présentes, que partout dans le monde, la femme n’est pas toujours l’égale de l’homme : salaire plus bas à niveau de compétences égal, mariage forcé, déni d’éducation… « Il y a encore beaucoup de progrès à faire », lance Danielle de l’association Femmes solidaires Marseille, adhérente du collectif 13 Droits des Femmes et qui défend les valeurs fondamentales de laïcité, de mixité, d’égalité, de paix et de liberté.

Une journée revendicative et solidaire

« Quand on pense à tout cet argent gaspillé dans les armes et la mort alors que l’on voit s’installer partout la misère qui va de pair avec un déficit d’éducation, de culture et d’espérance, ce n’est pas le moment de lâcher l’affaire », remarque Hélène du Mouvement pour la Paix constatant, « ce sont les femmes qui subissent encore le poids de la misère et celui des ségrégations ». La Marche mondiale des femmes veut « rompre avec le patriarcat, le capitalisme et le racisme, les trois systèmes d’oppression qui contrôlent la vie des femmes dans le monde entier ». En 2015, l’accent est posé sur 4 thèmes avec la justice climatique et la souveraineté alimentaire, les violences contre les femmes, la montée des extrêmes, les migrations et la mondialisation ou encore le travail des femmes et l’autonomie financière.

Un dernier point qui ne manquera pas de faire réagir, lors des prises de parole tenues sous l’ombrière du Vieux-Port, les femmes du syndicat CGT des Bouches-du-Rhône. « Voilà 40 ans que l’on édicte des lois pour l’égalité professionnelle et le compte n’y est toujours pas », s’indigne Isabelle de la CGT soulignant encore : « L’Observatoire des inégalités, de la pauvreté et de l’exclusion a évalué le salaire décent à 1.400 euros net alors qu’actuellement, une majorité de femmes vivent avec 700 euros par mois. » Remise en cause des salaires et du travail à temps partiel, « la loi Macron vient encore creuser les inégalités avec le travail du dimanche généralisé et la remise en cause des 24h du temps partiel ». Même constat s’agissant encore des violences au travail ou des inégalités salariales tant « chez les cadres que dans la fonction publique ». Une journée de revendication également solidaire et particulièrement avec les femmes kurdes qui ont rejoint le mouvement un peu plus tard en début d’après-midi.

Emmanuelle Barret (La Marseillaise, le 9 mars 2015)

Un symbole de résistance

Incarné par des femmes qui ont en face d’elles, à des milliers de kilomètres d’ici, des bourreaux et des assassins, des violeurs et des tenants d’un ordre patriarcal archaïque, fasciste.

C’est à ces femmes de Kobané, que leurs sœurs kurdes exilées à Marseille, ont tenu à rendre hommage, en cette journée de solidarité internationale qui réunit toutes les exploitées de la terre. Avec cependant une pensée toute particulière pour celles qui, les armes à la main, luttent pied à pied, maison par maison, contre l’État islamique qui impose sa terreur aux femmes kurdes yézidies, aux chrétiennes, chiites, turkmènes, assyriennes et arabes. « Vendues comme des esclaves en plein XXIe siècle », dénonce Rohahni qui a pris part au rassemblement qui formera bientôt un cortège coloré et combatif, des Réformes jusqu’au Vieux-Port. « Vous voyez, poursuit-elle, parmi les femmes qui sont ici aujourd’hui, j’en connais au moins une dizaine dont un ou plusieurs membres de la famille a pris part à la libération de Kobané. Et parmi ceux-ci, des femmes dont on n’aurait pu imaginer, pour certaines d’entre elles, qu’elles puissent prendre une part physique aux combats. Certaines sont tombées depuis, mais d’autres résistent toujours contre la barbarie de Daesh. »

Préserver tous les acquis de la résistance féministe

Harcèlement, mariages forcés, crimes d’honneur, lapidation et même excision, tels sont les méthodes de Daesh, dont les militants de la Représentation internationale des femmes kurdes déplorent que cela soit si peu dénoncé par la communauté internationale. « Aucun Etat, aucune des puissances internationales qui ont procréé Daesh n’ont su intervenir sur le terrain du Moyen Orient et en particulier au Kurdistan, pour lutter contre ces atrocités. Ils ont livré à la merci de ce système destructeur, les femmes, les hommes et les enfants, d’une terre mère des civilisations. »

Le féminicide sévit dans toutes les régions du monde

Bien au-delà, ce cortège qui rassemble des femmes kurdes et des militantes pour la libération de la Palestine, mais aussi des femmes tunisiennes, dont le combat pour leurs droits est loin d’être terminé, regarde aussi du côté de l’Ukraine ou du Niger où la souffrance des femmes s’exprime aussi au quotidien. « C’est pour préserver les droits humains  et de la résistance féministe que nous tournons notre regard vers le reste du monde, car aucun des droits arrachés au prix des luttes n’est jamais définitivement acquis », soulève Leila qui ajoute, en direction des femmes françaises qui se sont jointes à cette manifestation : « Comment pouvez-vous être assurées qu’un jour prochain, un parti d’extrême-droite ne remettra pas en cause le droit à l’avortement et le mariage des homosexuels. Déjà, le Front national, s’il parvenait au pouvoir, promet le rétablissement de la peine de mort. Alors… »

Ainsi les femmes kurdes ou arabes présentes au sein de ce rassemblement ne se battent-elles pas pour leurs seuls droits. En affirmant le caractère universel de leurs luttes, elles rejoignent ainsi toutes celles qui souffrent des discriminations et des inégalités. Un sentiment partagé par Martine, salariée marseillaise, qui témoigne aussi du harcèlement sexuel dans les entreprises, « des salaires des femmes qui n’égalent jamais ceux des hommes, des postes de responsabilité d’où elles sont trop souvent absentes, de la double journée de travail, professionnel et domestique… »

De Marseille à Kobané, c’est bien à la même marche solidaire qu’elles ont participé.

Gérard Lanux (La Marseillaise, le 9 mars 2015)

Il y a actuellement 0 réactions

Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires.