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Le 16 mars. La Marseillaise refait son look

Le bulletin de souscription

 
 
 

Je suis Charlie. Pour la Marseillaise aussi

Pluralisme. Dans l’idée de « Tous Charlie », une bonne partie de ceux qui sont allés manifester ce week-end insistent aussi sur la nécessaire survie du titre au sein de la presse quotidienne régionale.

« Cet événement montre que pour avoir une presse libre, une information différente, il faut passer à l’acte. C’est comme pour La Marseillaise d’ailleurs, pour la pluralité, pour qu’elle continue d’exister, il faut la soutenir en l’achetant ou en s’abonnant » Au lendemain de l’attentat qui a frappé Charlie Hebdo, dans les premières réactions, le cas de notre titre a été abordé sans détour. Pour les lecteurs de la zone de diffusion, Paca et Languedoc-Roussillon, le parallèle est évident : bien avant d’être la cible d’une attaque terroriste, l’hebdomadaire satirique allait mal, une campagne de souscription avait même été lancée pour renflouer les caisses. Des difficultés que connaît également La Marseillaise depuis maintenant deux mois.

Déclaré en redressement judiciaire par le tribunal de commerce le 24 novembre dernier, le journal et l’avenir de ses 208 salariés, sont désormais suspendus au résultat de l’appel d’offre lancé par l’administrateur judiciaire le 16 décembre pour trouver un repreneur. Les candidats ayant jusqu’au 15 janvier midi pour se manifester. Ne supportant pas l’idée que la Marseillaise puisse disparaître du paysage médiatique local, lecteurs, militants associatifs, élus ou organisations syndicales se sont mobilisés en nombre pour défendre l’existence du titre, toujours au nom du pluralisme, de cette liberté d’expression scandée jusqu’à plus soif par les quelque 3,7 millions de personnes descendues dans la rue en France le week-end dernier.

A l’annonce de cette situation périlleuse pour le journal, l’association « les Amis de la Marseillaise » a elle lancé un comité de soutien « Pour que vive La Marseillaise », fort aujourd’hui de 2.159 signataires, et une vaste campagne de souscription. A l’aune des événements récents, son Président Serge Baroni appelle à une mobilisation encore plus forte.

« Le pluralisme c’est ce qui a fondé la création de notre association, il y a 15 ans aux Pennes-Mirabeau », rappelle ce dernier. Pour lui, c’est aussi une charte éditoriale qui est menacée. S’inquiétant des conséquences d’une pensée unique, il insiste sur « le droit à l’information qui fait partie de la Constitution ». Une information qui en plus est « indépendante » parce que, tout comme Charlie Hebdo, « La Marseillaise n’a pas de grand groupe derrière elle ». Une caractéristique devenue rare qui repose aussi la question des aides publiques à la presse très nettement insuffisantes estime Serge Baroni.

« Pas une marchandise comme les autres »

A l’heure où le Groupe communiste a décidé de proposer au Sénat un amendement en ce sens, le Président des « Amis de La Marseillaise » martèle : « un journal n’est pas une marchandise comme les autres ». Une exigence à rapprocher du programme du Conseil national de la Résistance qui prône « la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard (…) des puissances d’argent ».

Notons que certains responsables politiques locaux ont néanmoins réagi. A commencer par Pierre Dharréville, Secrétaire départemental du PCF 13 et membre du comité exécutif national du PCF qui a assuré le journal d’un « engagement total » dès sa mise en redressement en judiciaire. Plus récemment, le Président socialiste de la Région, Michel Vauzelle a promis lundi lors de ses voeux à la presse d’aider financièrement le titre, ainsi que le Ravi dans une position tout aussi périlleuse.

Mais l’autre source d’espoir que la tragédie de Charlie met bien involontairement en lumière, c’est surtout le lien renoué de la presse avec le lectorat. Lien dont on espère qu’il ne sera pas qu’un feu de paille tout médiatique.

Mireille Roubaud (La Marseillaise, le 14 janvier 2015)

Quand le pluralisme n’a pas de prix

Depuis le lancement de la grande souscription « Pour que vive La Marseillaise », les marques de soutien ont été nombreuses. Au-delà de la pérennité d’un titre comme le nôtre, les soutiens ont à chaque fois souligné l’importance d’un pluralisme dans le milieu de la presse. Et n’osent imaginer un avenir sans Marseillaise. Morceaux choisis.

Akhenaton, rappeur, fondateur d’IAM. « A Marseille, ceux qui ont le pouvoir doivent avoir un contre-pouvoir face à eux, comme La Marseillaise. Ce journal doit être un contre-pouvoir. On mesure ce que ce serait sans La Marseillaise. C’est comme nous avec nos albums… Nous, on ne vendra pas notre âme. Ne la vendez pas vous non plus ».

Lionnel Astier, comédien. « C’est un journal de gauche mais gardien d’une certaine gauche. De la belle gauche qu’on aimait. Quel que soit le pouvoir en place, il est le gardien d’une certaine dignité de la gauche. Ses valeurs, il les rappelle même à la gauche elle-même quand elle s’en éloigne et dérape un peu comme c’est le cas en ce moment ».

Michel Vaxès, Député (PCF) honoraire. « Le combat pour la vie de ce journal n’est pas seulement celui de ses lecteurs, il doit être celui de tout républicain attaché à l’histoire de notre pays, à l’émergence des valeurs fondatrices de notre République, qui ont éclairé le siècle des lumières et rayonnées bien au delà de nos frontières ».

Charles Sylvestre, journaliste, ancien rédacteur en chef de l’Humanité. « Imaginer que puisse exister un tel vide à gauche, pour la presse, quand monte dans la même région le FN, avec sa démagogie et son cynisme, fait froid dans le dos. S’il n’y avait que cette raison pour défendre l’existence de la Marseillaise, cela déjà suffirait ».

Didier Le Reste, responsable du Front des luttes, élu (PCF) du Conseil de Paris. « La disparition de La Marseillaise constituerait un affaiblissement pour le mouvement populaire et toutes les forces qui veulent changer la société. A l’heure de la sur-information rapide et de l’uniformisation culturelle et médiatique, nous avons besoin de la presse écrite, d’une presse d’opinion comme l’est La Marseillaise ».

Francis Iffernet, ancien syndicaliste et mineur dans le Gard. « Dans La Marseillaise on peut lire un autre discours, la politique industrielle actuelle y est dénoncée, les moyens de sortir de la crise bien exprimés. Elle a un rôle important dans le débat d’idées, mais elle le paye cher, et malheureusement elle manque de lecteurs. La démocratie en prendrait un grand coup si elle disparaissait. »

Bernard Thibault, ancien Secrétaire général de la CGT. « Trop rares sont les titres de presse sensibles aux combats syndicaux autrement que par compassion ou par opposition. C’est précieux et irremplaçable dans une démocratie. A plusieurs reprises j’ai eu l’occasion de m’exprimer dans les colonnes du journal au titre de mes responsabilités syndicales comme bien d’autres militants. Le mouvement syndical dans son ensemble, les salariés ont besoin de l’expression de la Marseillaise ».

Sanseverino, chanteur. « Quand on est vraiment de gauche, c’est rassurant de trouver un journal qui a la même opinion que soi. Constater qu’on n’est pas seul à penser ce qu’on pense. Sinon on finit par douter ».

La Marseillaise, le 14 janvier 2015

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