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Le 16 mars. La Marseillaise refait son look

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Charlie Hebdo. Chevaliers du vitriol

Portraits. Parmi les victimes, les plus grands noms de l’irrévérence à la française qui, par un coup de crayon ou un éclat de plume, faisaient jaillir l’intelligence crue d’un humour aussi jouissif qu’essentiel.

Charb

Dessinateur engagé dès son plus jeune âge, Charb qui dirigeait Charlie Hebdo depuis 2009, a toujours pratiqué un humour militant et corrosif, disant ne craindre personne. « A Charlie Hebdo, on n’a pas l’impression d’égorger quelqu’un avec un feutre », disait-il en évoquant la façon dont le journal satirique abordait la question de l’islam. Né le 21 août 1967 dans les Yvelines, Stéphane Charbonnier, dit Charb, « avait appris à dessiner pendant les cours de maths et bon an, mal an finit par être un peu moins nul en dessin qu’en maths », selon son éditeur Casterman. Son irrévérence, il la manifeste dès l’adolescence en publiant ses premiers dessins dans le journal du collège à Pontoise. Il dessinera ensuite pour les Nouvelles du Val d’Oise, l’hebdomadaire local, tout en préparant le bac. « Il avait 18 ans et il était déjà génial et féroce à la fois », raconte Jean-François Guyot, aujourd’hui journaliste à l’AFP, qui a connu Charb à la fin des années 80. Avec son trait épais et ses trognes allumées, Charb ne reculait devant aucune plaisanterie même du plus mauvais goût. Les guerres, la politique et les politiciens, la télé-réalité, la maladie ou les religions, aucun sujet n’était à l’abri de son crayon. « C’est en refusant par peur ou par paternalisme de traiter les musulmans comme des citoyens avant de les traiter comme des croyants qu’on fait de l’islam un tabou », disait-il en juin 2013.

Cabu

Pendant près de 60 ans, le dessinateur Cabu, 76 ans, a épinglé les travers de son époque à la pointe acérée de son crayon. Avec en ligne de mire les politiques, l’armée, toutes les religions… Et bien sûr, les « beaufs », ces caricatures de Français râleurs, chauvins, qu’il tendait comme un miroir à ses contemporains. Anar rêveur derrière ses lunettes cerclées, le bonhomme à l’éternelle coupe au bol, pilier de Charlie Hebdo et du Canard enchaîné, avait gardé la hargne de ses débuts et n’avouait qu’un regret, celui de n’avoir pas toujours été assez féroce. Vis-à-vis du pouvoir, du conformisme, des sportifs ou de la télévision. Ses caricatures de Mahomet publiées en 2006 étaient parmi les plus caustiques de celles qui avaient valu à l’équipe des menaces de morts. Soixante ans de carrière et plus de 35.000 dessins ont fait de lui l’un des grands caricaturistes pamphlétaires français, dans la lignée d’Albert Dubout et de L’Assiette au beurre, le grand journal satirique du début du XXe.

Wolinski

Irrévérencieux et grivois, Georges Wolinski était un dessinateur de presse mythique pour toute une génération, père du célèbre « Roi des cons », pilier de la bande de Hara-Kiri dans les années 60 puis de Charlie Hebdo. L’humour toujours grinçant, bien dans la note de Hara-Kiri -« journal bête et méchant »-, il imaginait, en 2012, que l’on pourrait graver sur sa tombe ce mot de Cavanna, vieux compagnon de route : « Wolinski, on croit qu’il est con parce qu’il fait le con mais en réalité, il est vraiment con. » Arrivé de Tunis à Paris en 1945 et « plus enclin à mater ses petites camarades qu’à réviser », il se passionne pour la BD et illustre le journal de son lycée, Le Potache Libéré… Il propose ses premiers dessins au journal Hara-Kiri en 1961 sous l’égide de Cavanna et du Professeur Choron. Après la courte expérience de L’Enragé au côté de Siné, il devient, après 68, l’un des piliers de Hara-Kiri Hebdo. L’hebdomadaire satirique sera interdit et deviendra « Charlie » à la suite de la polémique provoquée par le titre « Bal tragique à Colombey, un mort », lors du décès du Général De Gaulle en 1970. C’est lui aussi qui caricaturera Michel Debré, alors ministre de la Défense, avec un entonnoir sur la tête. A partir des années 80, il travaille pour différents quotidiens ou magazines comme L’Humanité, Libération, Le Nouvel Observateur. Il abandonne petit à petit sa marque de fabrique, le côté grinçant et cynique, et adopte un style plus « bon enfant ». Son mode de contestation a fini par faire partie du paysage français.

Tignous

Caricaturiste et auteur de BD caustique et engagé, Bernard Verlhac, dit Tignous, 57 ans, dessinait pour la presse depuis 1980, traquant la folie du monde avec un humour percutant et un peu désespéré. « Un dessin de presse, c’est super dur à réussir parce qu’il faut tout mettre dans une seule image. C’est tout le contraire de la BD », disait-il. Né Bernard Verlhac en 1957 à Paris, Tignous publiait régulièrement dans Charlie Hebdo et Marianne. Il collaborait également à Fluide Glacial, L’Écho des Savanes ainsi qu’à des émissions télévisées dans lesquelles ses dessins accompagnaient les débats. Mais ses premiers dessins de presse étaient parus dans L’Idiot international, La grosse Bertha et L’Événement du jeudi. Après son livre « On s’énerve pour un rien » en 1991, il taclait le capitalisme, les actionnaires et les inégalités sociales en 1999 dans « Tas de riches » (Denoël) et fera paraître en 2010 « Le fric, c’est capital ».

Bernard Maris

Économiste iconoclaste de gauche, Bernard Maris était « un homme tolérant, bienveillant, amical, bourré d’humour et surtout ne se prenant pas au sérieux », a raconté à l’AFP, manifestement ému, l’éditorialiste des Échos Dominique Seux, qui débattait avec lui chaque semaine sur France Inter. Diplômé de l’Institut d’études politiques de Toulouse en 1968, agrégé de sciences économiques en 1994, il avait récemment achevé sa carrière d’enseignant-chercheur à Paris. Chaque semaine, la chronique économique d'« Oncle Bernard » faisait référence. Avec lui, c'est une conception anarcho-keynesienne de l'économie qui perd un de ses plus farouches disciples.

Honoré

Il n'était pas le plus connu ni le plus médiatique mais Honoré, auprès de ses pairs, passait pour l'un des dessinateurs les plus talentueux. Ses « à plats » noirs sur fond blanc et sa signature en forme de kanji japonais étaient sa marque de fabrique, la finesse de son humour en était une autre. C'est d'ailleurs un de ses dessins que la rédaction de Charlie Hebdo a twitté en dernier, avant le drame. Celui des voeux d'Al-Baghdadi, prêchant, au micro, « Et surtout la santé ». Funestement drôle.

La Marseillaise, le 8 janvier 2015

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