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Hommage à Marcel Rigout

Notice du Dictionnaire du Mouvement ouvrier de Jean Maitron

A paraître dans le tome 10.

RIGOUT Marcel (Vincent Brousse)

Né le 10 mai 1928 à Verneuil-sur-Vienne (Haute-Vienne), mort le 23 août 2014 à Limoges (Haute-Vienne) ; maçon puis métallurgiste ; militant communiste, secrétaire de la fédération PCF de Haute-Vienne (1948-1954, 1956-1962 et 1965-1968), membre du comité central (1961-1987) ; conseiller général de la Haute-Vienne (1970-2001), député (1967-1968 et 1973-1988) ; ministre de la Formation professionnelle du gouvernement de Pierre Mauroy (1981-1984).

Né d’un père scieur de long, Joseph Rigout, et d’une mère de famille nombreuse, Marie Lagarde, Marcel Rigout grandit dans la proche banlieue de Limoges, dans une famille de dix enfants, dont il était le cadet. Son père, natif du Pont de Noblat, à Saint-Léonard de Noblat (Haute-Vienne), fut très tôt orphelin. Sa mère, de Saint-Auvent (Haute-Vienne), devint très jeune « bonne à tout faire » dans une famille aisée de Landouge (ouest de Limoges, limitrophe avec Verneuil). Marcel Rigout décrivait son père comme « le profil type de l’ouvrier limousin : une sensibilité anarcho-syndicaliste, une conviction très forte de libre penseur anticlérical mais aussi très méfiant vis-à-vis de la franc-maçonnerie, assimilée à une fraction de la bourgeoisie limougeaude. » Son frère aîné, boulanger adhéra à la SFIO et son père au PCF, en 1936.

Marcel Rigout suivit les cours de l’école élémentaire de Verneuil, auprès d’instituteur socialiste qui selon ses souvenirs « arborait les trois flèches de la SFIO ». En 1940, après l’armistice, Marcel Rigout fut placé comme valet de ferme. Il reprit ses études durant trois mois, grâce à une institutrice retraitée, avant de passer son certificat d’études primaires à l’été 1941. Il fut ensuite embauché comme couvreur par un artisan maçon de Verneuil. À l’âge de quatorze ans, dans le sillage de ses frères, cyclistes émérites, il fut agent de liaison pour le compte de la Résistance dans la partie ouest de la Haute-Vienne, puis s’engagea dans les FFI durant l’été 1944, à seize ans. Le maquis FTP de Charente Limousine était alors sous les ordres du colonel Bernard, ancien typographe à l’Humanité. Marcel Rigout participa aux combats préparatoires à la Libération de Limoges et fit partie des hommes qui investirent Limoges le 21 août 1944. Limoges était une des rares villes où les Allemands capitulèrent sans livrer de combat, remettant leur reddition au « consul » de Suisse.

Marcel Rigout adhèra dans la foulée aux Jeunesses communistes de Verneuil, dont il devint le secrétaire, puis s’embaucha comme OS à l’Arsenal devenu l’Atelier central des automobiles de l’armement (ACAA), route du Palais à Limoges. À la Libération, l’entreprise nationalisée comptait 900 adhérents à la CGT et 250 militants communistes. Marcel Rigout y fut secrétaire de cellule. À la demande du secrétaire fédéral Fernand Dupuy*, il devint peu de temps après secrétaire de la section Est de l’agglomération de Limoges, l’une des plus populaires, autour de la gare des Bénédictins, du quartier des cheminots et de l’Arsenal où il travaillait. En 1946, il fut élu responsable du comité d’usine et secrétaire de section l’année suivante. En 1948, après avoir suivi l’école des cadres du PCF, il devint secrétaire de la Fédération PCF de Haute-Vienne. Il n’avait alors que vingt ans. En janvier 1951, dans un contexte marqué par les débuts de la guerre froide et la lutte contre la guerre d’Indochine, il fut licencié de l’Arsenal avec six autres ouvriers, en raison de leurs activités syndicales et politiques. Malgré la mobilisation des salariés, ils furent pas réintégrés et Marcel Rigout suivit alors une formation de tourneur en FPA. Déjà connu comme militant, il ne put trouver d’emploi et devint permanent du Parti communiste fin 1951. Dans ce poste, il participa à la mise à l’écart puis à l’exclusion de Georges Guingouin*, dans le sillage de l’affaire Charles Tillon* et André Marty*. Il ne nourrit alors « aucun état d’âme. C’était l’ambiance du moment (…) le sentiment que tout ce qui pouvait faire brèche dans l’unité du Parti devait être aussitôt éradiqué ». En 1952, Marcel Rigout fut muté à Paris, pour seconder Léo Lorenzi* à la direction de l’UJRF, après l’arrestation des leaders de ce mouvement en mai 1952, dans le cadre de « l’affaire des pigeons » de Jacques Duclos*. Il conserva ces responsabilités jusqu’en 1955, comme responsable du secteur international. Il se déplaçait en Europe de l’Est, notamment à Prague, siège de la Fédération mondiale de la jeunesse démocratique (FMJD). Dans ce cadre, il rencontra Enrico Berlinguer, à Berlin Est.

De retour à Limoges en novembre 1955, Marcel Rigout retrouva son poste au secrétariat de la fédération communiste de Haute-Vienne, de 1956 à 1961. Il fut engagé à L’Écho du Centre, le quotidien communiste de la région Limousin-Dordogne-Indre, comme directeur de la publication à partir de juillet 1959. Il conserva cette responsabilité jusqu’en 1987. En 1958, lors des élections législatives qui suivirent le retour du général de Gaulle, il fut candidat dans la deuxième circonscription de la Haute-Vienne. Il obtint 35,5 % des voix au 1er tour, le candidat modéré 20 % et le candidat socialiste SFIO Jacques Boutard 39,5 %. Au second tour, il échoua avec 39,6 % des suffrages contre 60,4 % à Boutard qui fut élu député. En 1962, toujours dans la 2e circonscription, Marcel Rigout arriva en tête au 1er tour avec 41,5 % des suffrages mais fut battu au second, toujours par Boutard, avec 47,4 % des suffrages.

Lors du XVIe congrès du PCF (Saint-Denis, mai 1961), il entra au comité central comme suppléant. Il fut intégré à la commission paysanne du comité central et quitta alors le secrétariat fédéral, siégeant seulement au bureau fédéral. Au congrès suivant (Paris, mai 1964), il devint titulaire. Dans cette période, Jean Tricart*, premier secrétaire de la Haute-Vienne, fut progressivement marginalisé. Reconduit au comité central, comme membre de la commission de contrôle financier, il nourrissait cependant des désaccords croissants avec la direction du PCF. En 1965, il demanda son remplacement, mettant en avant le nom de Marcel Rigout, qui lui succéda alors jusqu’en 1968.

lu pour la première fois député de la Haute-Vienne en 1967, par 59,3 % des suffrages face à un candidat gaulliste, Marcel Rigout perdit son siège l’année suivante, battu d’une courte majorité de 767 voix par Boutard, entre temps exclu de le SFIO, qui avait réuni 50,7 % des suffrages. Marcel Rigout regagna le siège aux législatives suivantes, en 1973 avec 52,5 % des voix au second tour et devint alors vice-président du groupe communiste à l’Assemblée nationale. Il fut réélu en 1978, obtenant 39,4 % au 1er tour, lors d’un scrutin qui amena au PCF les trois sièges haut-viennois (Marcel Rigout, Ellen Constans, Jacques Jouve). Il siégea alors à la commission de contrôle du Fonds européen de régulation des marchés agricoles. En 1981, après la dissolution de l’assemblée par le nouveau président François Mitterrand, il fut réélu avec 38,3 % des voix au 1er tour.

En 1981, Marcel Rigout fut l’un des quatre ministres communistes du nouveau gouvernement avec Charles Fiterman*, Anicet le Pors* et Jack Ralite*. Il souhaitait l’agriculture mais fut nommé au ministère de la Formation professionnelle, nouvellement créé. Dans le contexte de l’émergence de la crise, ce ministère touchait aux enjeux majeurs de l’insertion des jeunes ou de la formation des chômeurs. Il présenta son action et ses projets dans l’ouvrage L’autre chance. Un métier pour réussir, rappelant son propre passé d’ouvrier sans formation et contraint au chômage. Son nom est notamment resté associé à la loi du 24 février 1984 réformant la formation professionnelle continue.

Marcel Rigout démissionna comme ses trois collègues le 17 juillet 1984, lorsque Laurent Fabius succèda à Pierre Mauroy à la tête du gouvernement. Cette démission faisait suite à l’échec électoral des européennes, en juin, à l’issue desquelles le PCF avait atteint son score le plus bas depuis la Libération, avec 11,2 % des voix. Marcel Rigout commença à prendre ses distances avec la ligne de Georges Marchais. Fin juin 1984,Le Monde rapportait ses propos contre le secrétaire général, « homme de l’échec ». « À sa place, je me tirerais une balle dans la tête », ajoutait-il. Malgré la polémique, il fut reconduit au comité central lors du XXVe congrès (Saint-Ouen, février 1985) mais marginalisé. Après une nouvelle charge virulente de Georges Marchais contre les « rénovateurs », il démissionna finalement du comité central et de la direction politique de L’Écho du Centre, le 27 janvier 1987. La majorité du comité fédéral de Haute-Vienne le suivit et démissionna à son tour. Les conseillers généraux de Haute-Vienne firent de même.

Entre temps, en 1986, Marcel Rigout avait été réélu député, avec 20,9 % des suffrages pour la liste qu’il menait en Haute-Vienne, désormais le seul représentant communiste du Limousin à l’Assemblée. En 1988, candidat ADS, « communiste dissident », il obtint 31,4% des voix dans la nouvelle circonscription de Limoges-Saint-Yrieix. Il fut distancé par J.-C. Peyronnet, candidat socialiste pour lequel il se désista, et qui fut élu. Il prit part au mouvement des « refondateurs » avec Charles Fiterman, avant de démissionner du PCF en 1990. Il cofonda alors l’Alternative démocratie socialisme (ADS) qui parvint à s’implanter dans sa région, notamment grâce à ses élus locaux, la plupart anciens du PCF. Au plan local, Marcel Rigout lui-même n’eut jamais d’implantation municipale. Il fut cependant conseiller général du canton de Pierre-Buffière (Haute-Vienne) de 1970 à 2001. Dans les années 2000, il soutint la formation de la coalition « Limousin terre de gauche », regroupant le PCF, le Parti de gauche et le NPA. En 1995, il avait appelé à voter pour Dominique Voynet (Les Verts) aux présidentielles. À l’occasion de son décès, le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, a salué la disparition d’une « grande figure de la gauche ».

Son épouse, Renée Rigout*, née Belair, fut également militante et dirigeante fédérale du PCF en Haute-Vienne.

ŒUVRE : L’autre chance. Un métier pour réussir, Paris, Editions sociales, 1983 (préface de Pierre Mauroy). — Le Métallo ministre, entretiens avec Georges Châtain, Éditions Le Bord de l’eau, Lormont , 2005.

SOURCES : Arch. comité national du PCF. — Presse locale.

Pour citer cet article

http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article163167, notice RIGOUT Marcel, version mise en ligne le 27 août 2014

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  • Hommage à Marcel Rigout

    Un militant et ministre, discret mais efficace et si authentique ! Une grande figure du mouvement ouvrier qui nous a quitté et qui incarnait ce que le PCF a produit de meilleur: la politisation , l'émancipation sociale et la mise en responsabilité de cadres ouvriers.

    C'était une période où le PCF parvenait encore à représenter prioritairement les classes populaires.

    N'oublions pas aujourd'hui combien ce parti a produit une élite politique ouvrière, basée sur la construction d’un outil de lutte collectif contre l’exclusion politique de ces m^mes classes populaires. Dans les moments compliqués que nous vivons il nous faut encore réfléchir à cet enjeu majeur pour une gauche aujourd'hui -et depuis longtemps- de plus en plus coupée des groupes populaires.

    Gérard Leidet

    Par frachon, le 01 September 2014 à 10:39.