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Roms à Marseille. « On les héberge pour leur éviter la traque »

Plombières. Douze camions de CRS pour « évacuer » un bidonville, vide, et un bulldozer pour déblayer les monceaux de détritus. Mais le droit à l’hébergement pour les Roms semble amorcé.

Ordonnée le 4 novembre 2013, l’expulsion de près de 150 ressortissants roumains du plus grand bidonville du 3e arrondissement n’a pas vraiment eu lieu. Les familles, installées au 124 boulevard de Plombières depuis un an suite à leur expulsion de l’ancienne caserne Cardot, averties depuis le 16 juillet 2014 que le concours de la force publique avait été accordé pour ce jeudi 24 juillet à 8 heures, avaient déserté le site. Le terrain en friche depuis des années a été rendu à son propriétaire. 60 personnes sont relogées par les pouvoirs publics, les autres prises en charge par les acteurs associatifs.

7 heures. Plus une âme sur place. Mais un terrain jonché de détritus, de baraques aux portes béantes, traversé ça et là par des rats. Petit à petit les associatifs, nombreux, ainsi que l’élu PCF Jean-Marc Coppola, arrivent. Une belle mobilisation pour demander le droit à l’hébergement pour ces familles SDF. Personne ici ne contestera l’urgence sanitaire à agir sur ce site, devenu au fil du temps totalement insalubre, encombré des restes de récup’ de contenu de poubelles, seule source de revenu de ces familles.

Mais hier le changement était notable dans cet éternel recommencement des expulsions. « Il faut saluer le travail de la préfète Marie Lajus dans sa volonté de faire appliquer la circulaire », note Fathi Bouaroua de la Fondation Abbé-Pierre. Même écho du côté de l’Addap 13, où Hamed Sahraoui estime « c’est du côté des collectivités territoriales qu’il faut que les responsabilités soient assumées maintenant ». Le relogement d’une vingtaine de familles est en effet assuré. Avec un bémol : « les critères, très limités, sont source d’exclusion pour beaucoup », souligne Caroline Godard de Rencontres Tsiganes.

Ces « exclus » se sont réfugiés la veille dans un site à Bougainville. Mais virés à l’aube par les agents de sécurité, ils reprennent la route avec paquetages et enfants, épuisés par ces allers et venues. Au square Rathery, ils sont attendus par des policiers qui empêchent leur installation. Résigné, le groupe d’une quarantaine de personnes retourne à Plombières.

Une petite fille partie sans chaussures demande à les récupérer sur le bidonville. Après trois quart d’heure de négociation, la requête remonte jusqu’au Préfet avant que le cordon de CRS laisse l’enfant aux pieds nus passer. « On va se débrouiller pour les héberger afin de leur éviter cette traque policière » assure Fathi Bouaroua. Dominique Idir (Artriballes) et Caroline Godard relèvent les manches…

Myriam Guillaume (La Marseillaise, le 25 juillet 2014)

Mises à l’abri

Ça bouge en Préfecture

Dépêché sur place, René Giancarli, directeur du Samu Social-Ville de Marseille fait le point sur le relogement après expulsion, conformément à la directive interministérielle du 26 août 2012 : « je suis venu chercher deux familles pour les emmener à l’hôtel ». Il se félicite « il y a un travail sur le long terme qui paie : une mère de famille de Saint-Pierre qui a bénéficié d’un relogement a même trouvé un emploi de caissière ». Les services de la Préfecture précisent : « A l’issue des délais accordés pour le travail social, et compte tenu de la sévère insalubrité régnant sur le site, le concours de la force publique a été accordé le 16 juillet 2014 pour une évacuation le 24 juillet 2014. L’ensemble des familles a fait l’objet d’un diagnostic social. 9 familles engagées dans une démarche d’insertion professionnelle et citoyenne ont intégré un dispositif d’accès au logement pérenne et bénéficieront d’un accompagnement sur le long terme. 10 familles particulièrement vulnérables (malades, enfants en bas âge, femmes enceintes) font l’objet d’une mise à l’abri temporaire à l’hôtel dans le cadre du dispositif nuit plus. Ce sont ainsi une soixantaine de personnes qui bénéficient d’un relogement par les pouvoirs publics. »

À la Viste, éviter le conflit La levée de bouclier de près de 150 habitants du quartier de La Viste samedi dernier met en péril l’hébergement d’une famille rom de 8 personnes (grands-parents, parents et enfants) par le Père Alfonso dans un local paroissial. Pour « éviter un drame » la Mairie du 8e secteur cherche tente d’apaiser les tensions tout en revendiquant « ce serait la même chose si on avait annoncer l’installation de SDF, car ce sont toujours les mêmes quartiers qui supportent la misère à Marseille. Nous avons 3 centres d’hébergement sur les 15/16, des gymnases réquisitionnés n’ont pu servir aux collégiens. La Ville porte la responsabilité de concentrer la pauvreté sur les quartiers Nord alors qu’on peut répartir équitablement les sites sur tout le territoire », estime Patrick Boubals, Adjoint au Maire de secteur qui souhaitait organiser une réunion d’information. Mais le Président du CIQ Bourrely Bigotte, Antoine Garaffa, a coupé l’herbe sous le pied de l’élu, invitant Arlette Fructus, Adjointe au Maire de Marseille déléguée au logement, à une réunion sur cette question à l’Acadel, à 18 heures.

La Marseillaise, le 25 juillet 2014

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