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Marie-Christine Vergiat. « Je suis en colère »

Front de gauche. Réélue au Parlement de Strasbourg, elle revient sur la soirée électorale. Amère, mais combative.

La Députée européenne sortante Marie-Christine Vergiat sera l’un des trois représentants du Front de gauche à Strasbourg. Devant le résultat national, en tout premier lieu, elle ne cache pas la terrible amertume du dimanche soir. « Bien sûr, il faut relativiser les choses et les considérer sur l’ensemble de l’Union européenne », souffle-t-elle. Oui mais voilà : « Malheureusement, nous serons la super honte de l’Europe. C’est nous qui aurons envoyé le plus de députés d’extrême droite au Parlement. Je pense que cela va tendre les choses à l’intérieur de l’hémicycle… » La Députée du Sud-Est veut pour le coup répondre à ses propres questions : « Est-ce que ça changera quelque chose au niveau des rapports de forces ? Je n’en suis pas persuadée. L’essentiel des voix du Front national sont prises au détriment du Parti populaire européen (PPE), qui est celui qui perd le plus de sièges ».

« Prendre exemple sur Syriza »

Elle n’en démord pas, outre que la majorité au Parlement n’a pas été vraiment bousculée, elle ne croit pas l’extrême droite en mesure de peser sur l’assemblée continentale et de changer la donne : « Pour ce qui est de la construction d’une majorité politique au sein du Parlement européen, l’extrême droite est stérile. Pour l’essentiel, ses Députés ne participent pas aux travaux. Est-ce que le fait de pouvoir constituer un groupe changera les choses ? Pour l’instant, ce que nous connaissons de l’extrême droite européenne, ce sont les effets de manche. Ceux d’European freedom and democracy. Il y a certes des signes de rapprochement (entre les formations extrémistes) mais ce n’est pas eux qui feront les rapports de forces. »

Au fur et à mesure du discours, l’amertume semble faire place à la colère pure : « Oui je suis en colère ! Je le disais dès dimanche soir. Parce qu’en France nous n’avons pas eu droit à une campagne européenne. On a tout laissé au jeu de la démagogie et du populisme. Notamment de la part les grands partis dits de gouvernement. La droite répétait "votez contre Hollande" tandis que la gauche faisait campagne en disant "c’est une Europe de droite !" C’est navrant et c’est stupide. C’est stupide parce que ça n’a rien à voir avec le fonctionnement des institutions européennes. Il fallait parler des enjeux européens. Hors, ces enjeux n’ont pas été abordés. Les débats ont été affligeants. »

Reste que le combat commence, à l’aube d’une nouvelle mandature dont l’élue sait qu’elle ne sera pas simple, aussi bien à Strasbourg que sur le terrain national : « Au niveau du Front de gauche il faut se ressaisir. Il faut prendre exemple sur nos amis de Syriza. Eux, ils étaient à 4% il y a cinq ans. (dimanche, Syriza a flirté avec les 30% des suffrages, ndlr) Et la situation en Grèce est bien plus terrible qu’en France. »

Autre source de grande irritation pour la militante de gauche, sont les commentaires en général, qui mettent dans le même sac les électeurs de la gauche européenne –quand ils ne sont pas socialistes au pouvoir– et ceux des mouvements d’extrême droite : « Lutter contre l’amalgame c’est mon combat depuis des années. Au demeurant, avec mon passé, croyez-bien que ça me fait bizarre, d’être comparée à l’extrême droite ! Une fois, Vincent Peillon m’a balancé ça. De la démagogie pure, en plein débat il me dit : "Mais, vous votez comme l’extrême droite !" Je lui ai dit, "M. Peillon, pas vous, quoi ! On se connaît depuis suffisamment longtemps !" Et après le débat il m’avoue : "Marie-Christine, c’est le jeu…" »

« Profondément européens »

Forcément la colère remonte : « En effet, c’est le jeu de la politique politicienne. Il faut arrêtez ça. Qu’on aille sur le fond. Qu’on discute de qui sont les européens convaincus et de qui sont les anti-européens. De qui n’en n’a rien à faire, des question européennes. Le jeu qu’ont joué les socialistes et l’UMP sur cette élection montre que pour eux, la question européenne est une question accessoire. »

Visiblement bousculée, Marie-Christine Vergiat veut insister pour finir : « Oui je partage le sentiment de beaucoup de monde ce matin : je suis en colère. Parce que nous, les responsables politiques mais aussi la presse, n’abordent le sujet de l’Europe qu’au moment des élections. Pour le délaisser le reste du temps. Je suis aussi en colère contre l’amalgame, entretenu par les partis dits de pouvoir, qui insinuent que nous appartiendrions à une mouvance extrémiste anti-européenne. C’est archi-faux. Nous au, Front de gauche, nous voulons construire l’Europe différemment mais nous sommes profondément Européens ! Par pitié dites-le ! Et vous-mêmes, les journalistes, intéressez-vous aussi à l’Europe en dehors des seules confrontations électorales ! »

Claude Gauthier (La Marseillaise, le 27 mai 2014)

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