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Le 16 mars. La Marseillaise refait son look

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Frédéric Boccara. « Face à la concurrence libérale, il faut oser, agir en commun et faire face »

« Réorienter l’Europe, c’est possible ! » affirme cet économiste qui refuse la fatalité et la soumission au libéralisme et à l’austérité.

Économiste, Frédéric Boccara a de nombreuses casquettes, parmi lesquelles celle de maître de conférence associé à l’université de Paris 13. Avec Yves Dimicoli et Denis Durand, il vient de publier « Une autre Europe contre l’austérité » et était à Marseille la semaine dernière pour un débat sur « un autre euro ». Entretien.

La Marseillaise. Pourquoi travailler sur « un autre euro » ?

Frédéric Boccara. Un autre euro et une autre Europe qui porte aujourd’hui l’austérité. Face à cela, que peut-on faire ? Pas la guerre sociale en interne, pas la guerre économique entre les peuples et au service des profits. On laisse croire que les seuls choix seraient entre les européistes et leur fuite en avant fédérale et les nationalistes et leur proposition de sortir de l’euro, de dévaluer et d’ouvrir à la concurrence. Il faut d’autres repères, une réorientation sociale et productive de l’Europe, vers le Sud, vers le monde, vers le travail, vers les couches populaires. Il faut oser une voie plus démocratique, une confédération d’états librement associés.

La Marseillaise. Est-ce encore possible ?

Frédéric Boccara. On nous prétend que non, que les traités sont des carcans. Pourtant, les dominants n’hésitent pas à faire des entorses sous l’impulsion de la France ou de l’Allemagne comme quand par exemple la Banque centrale européenne a racheté les dettes des états alors qu’on nous disait que c’était impossible. Mais ces entorses sont faites de manière tordue et antisociale. J’affirme que des failles existent. Les traités interdisent le financement des dépenses publiques des états de manière directe par la BCE ? Mais ils autorisent le financement direct d’institutions financières publiques et elles, elles peuvent financer les États. Ouvrons donc cette porte !

La Marseillaise. Avec, comme clé, un fonds européen social et solidaire ?

Frédéric Boccara. Une proposition des communistes français : mettre en place un fonds intercalé entre les États nationaux et la BCE, recevant les euros de la BCE mais aussi pourquoi pas les récoltes de la taxe des produits financiers et les redistribuant dans des conditions évidemment précises et sous contrôle démocratique. Là aussi, une nouvelle structure devrait être créée, rassemblant des représentants du Parlement européen, des parlements nationaux mais aussi des syndicats. Cette idée vient d’être reprise par d’autres partis au niveau européen comme Syriza, Die Linke et le Parti de la gauche européenne.

La Marseillaise. Pourquoi ce fonds serait la solution à l’austérité ?

Frédéric Boccara. Parce qu’il développerait les services publics et provoquerait, immédiatement, un changement de comportement des entreprises et des banques. On a vu que la BCE a pu prêter quasiment gratuitement 1.000 milliards d’euros aux banques et ainsi mesurer l’ampleur que le refinancement peut avoir. Le problème est que cela s’est fait sans condition. Or rien n’interdit d’en poser, de soutenir les crédits qui développent l’emploi, les salaires, les qualifications, qui refusent les délocalisations, la spéculation etc.

La Marseillaise. Mais comment donner cette orientation ?

Frédéric Boccara. On voit bien que le problème n’est pas technique mais politique. Cela souligne aussi les incohérences. On ne peut pas crier à l’Europe sociale et ne rien mettre en place pour y parvenir ni passer son temps à dire non, non, non. Ces élections sont l’occasion de porter le combat politique et c’est de la responsabilité des formations qui se réclament de la transformation sociale d’organiser les luttes politiques sur la question du pouvoir de l’argent. Et ces luttes doivent être liées aux batailles nationales. C’est ce qu’a montré Fralib, pointant l’absence de financement de l’activité, l’argent n’allant qu’aux profits. Il faut des débouchés politiques à ces luttes.

La Marseillaise. Que pensez-vous de la piste de sortie de l’euro pour une monnaie commune ?

Frédéric Boccara. Une sortie de l’euro conduirait à une dévaluation et à une guerre économique renforcée. Les marchés sont aux aguets et prôner une monnaie commune, c’est ignorer l’énorme force spéculative de la finance et la guerre qu’elle n’hésiterait pas à mener. C’est ignorer que les multinationales contrôlent 1/3 des emplois directs en France et que la moitié des délocalisations se fait au sein de l’Union européenne. Face au défi que pose cette forte intégration, il nous faut agir en commun, mutualiser nos forces pour faire face à la concurrence libérale.

La Marseillaise, le 19 mai 2014

Sortie de l’euro. Les arguments de la gauche

Débat. Ils ne sont pas majoritaires, mais les plaidoyers pour une sortie de l’euro existent à gauche.

« La malfaçon, monnaie européenne et souveraineté démocratique », « En finir avec l’Europe », « Faut-il faire sauter Bruxelles »…

Quelques exemples, parmi d’autres, d’une nouvelle littérature faisant la part belle à une critique de gauche de l’euro, prônant la sortie de cette monnaie unique.

Parmi les plus anciens « tenants d’une sortie de l’euro », l’économiste Jacques Sapir, qui produit études sur études afin de plaider pour les avantages d’un retour aux monnaies nationales, estimant que plutôt que de faciliter la coopération entre les pays membres, UE et zone euro ont surtout figé leurs relations, favorisé la contagion de la crise financière de 2008 et ouvert toutes grandes les vannes du chômage de masse. S’il voit des atouts dans une sortie de l’euro -une dévaluation de fait qui entraînerait le « choc de compétitivité » si recherché et bénéficierait à la croissance, l’effet immédiat sur les recettes fiscales diminuerait fortement le poids de la dette et l’impact qu’il imagine rapide et conséquent de la reprise sur l’emploi- Jacques Sapir reconnaît aussi des inconvénients -inflation, hausse des prix du carburants…- « qu’il ne faut cependant pas s’exagérer ».

Le refus d’un scénario catastrophe se retrouve aussi chez Frédéric Lordon, économiste héraut de la sortie de l’euro. Pour l’auteur de la « Malfaçon », rien ne peut plus être tenté « dans le carcan de l’euro » qui a même été « délibérément construit à cette fin : qu’on ne puisse rien y essayer ». Mais cette sortie relève selon lui d’une question plus politique qu’économique puisqu’il s’agit de « restaurer la souveraineté populaire ».

Une sortie qui ne serait qu’une étape avant de s’orienter vers une monnaie commune qui permet des ajustements concertés entre les monnaies nationales qui la composent. Monnaie commune prône aussi Jacques Mazier, membre des économistes atterrés -sans que ses collègues ne partagent tous cette conviction comme l’atteste l’ouvrage collectif « Changer l’Europe »- mais avec un euro subsistant pour les transactions hors actuelle zone euro.

Une sortie provoquerait « surtout des effets économiques bénéfiques et rapides avec en prime une révolution sociale, le nettoyage d’élites mal formées, vieillissantes, archaïques… » assène le démographe Emmanuel Todd dans un entretien publié par Marianne, même s’il reconnaît une « désorganisation temporaire ». Désormais des historiens, des philosophes, des sociologues… se lancent dans le débat comme le souligne l’ouvrage collectif et pluridisciplinaire piloté par Cédric Durand, « En finir avec l’Europe ». Les auteurs y dénoncent notamment le fait que, entre l’euro et les traités, les politiques budgétaires nationales sont tellement « ficelées » que « la compétitivité des pays membres de la zone ne repose plus que sur une seule variable : le travail ».

La Marseillaise, le 19 mai 2014

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