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7e secteur de Marseille (13e et 14e arr.). L’arrogance et la haine entrent en Mairie

Stéphane Ravier, Maire FN du 7e secteur, a pris hier possession des lieux. Non sans remous, les militants de gauche s’étant invités à la fête.

Dès l’entrée de la Mairie et même dans les rues adjacentes, le ton était donné : les cars de CRS sont sagement alignés pour prévenir toute entorse à la fête. La fête ? L’intronisation de Stéphane Ravier (FN) au poste de premier édile  des 13e et 14e arrondissements devant un parterre de septuagénaires emperlousés s’en remettant sans vergogne aux bras velus et fronts de taureaux des membres du service d’ordre du Front national. La police parallèle du nouveau maître des lieux, déjà très présente au soir du second tour des municipales, veille à ce que les militants de gauche, invités surprise, ne viennent gâcher le bon déroulement du passage de témoin. Peine perdue, les premiers mots de Garo Hovsepian, le Maire socialiste sortant venant remettre les pendules à l’heure. « Le vote FN n’est que l’expression d’une grande souffrance, du repli sur soi de la défiance des partis politiques. C’est un vote refuge. Les élus du Front national ne sont jamais arrivés au bout de leur mandat ». Et d’ajouter que s’il accepte le verdict du suffrage universel, c’est pour « entrer en résistance et combattre la parole raciste ».

Il n’en fallait pas plus pour que les mauvaises langues se délient et que les boursouflures fassent craquer les fonds de teint. « Il en a que pour les Arabes, on voit bien qu’il y vit pas, dans les quartiers », éructe sous son panama un octogénaire rubicond. Et les militants du Front de gauche, brandissant des pancartes « la gauche contre le FN », de répondre que personne « n’a oublié Ibrahim Ali », ce jeune homme d’origine comorienne tombé sous les balles des colleurs d’affiche du Front national.

Quand Miron se lâche

Alors que le ton monte dans cette salle en surchauffe, des coups partent, troublant la concentration des militants et électeurs du Front national écoutant religieusement le héros du jour évoquer son enfance et sa jeunesse « avec quelques francs en poche ». Celui qui promet d’être « le Maire de tous les habitants, ceux des villages et des cités » sonne le rappel à l’ordre et menace, premier acte de sa mandature, de faire évacuer la salle. Alors que les forces de l’ordre tentent de calmer les esprits. Et d’inviter les autres candidats à l’écharpe tricolore à prendre la parole. Il n’en fallait pas plus pour que Richard Miron, le candidat de Jean-Claude Gaudin, exprimant du bout des lèvres ses divergences de point de vue avec le hobereau des quartiers nord, laisse son hémisphère cérébral extrême droit donner toute sa mesure : « Monsieur Ravier, durant votre campagne, vous avez beaucoup dénoncé et beaucoup promis, mais vous avez oublié de remercier le groupe gauchiste qui a permis votre élection. Des gens terrorisés à l’idée de perdre leur privilège. Avec eux, il n’ y a que des clients et je suis très heureux d’avoir participé à la mort de la gauche ». Des mots accueillis par des « Miron collabo », tant le représentant de la droite « respectable » a laissé apparaître son vrai visage. « Je ne peux pas accepter qu’une personne s’exprime d’une façon aussi brutale, arrogante, insolente, odieuse », lui répondait Garo Hovsepian. « Vous êtes un fasciste, honte à vous ». Pour sa part, Samy Johsua, ex tête de liste du Front de gauche tentait de faire appel à l’intelligence de ses adversaires, invoquant Bertold Brecht et le sens des valeurs. Peine perdue, Stéphane Ravier n’ayant probablement jamais lu une ligne du dramaturge allemand. Celui qui, dans « l’Irrésistible ascension de Arturo Ui » décrivait déjà le parcours misérable d’un médiocre.

Gérard Lanux (La Marseillaise, le 12 avril 2014)

Les élus du Front de gauche ne lâchent rien

Hors du tumulte de la salle du Conseil d’arrondissements, les élus du Front de gauche, Samy Johsua (Ensemble) et Marion Honde (PCF) rejoignent leurs sympathisants et livrent à la presse leurs impressions.

« Stéphane Ravier a été élu avec 18% des inscrits. Son élection est légale mais sans l’onction populaire. Nous espérons rassembler la majorité de la population de ces arrondissements pour s’opposer à ce que fera cette Mairie », indique Samy Johsua qui redoute des mesures discriminatoires.

« Ravier a passé sa campagne à dire qu’il couperait les subventions aux associations communautaires. Mais comment les repérer ? La seule solution c’est que la Présidence soit assurée par "Mohamed" ou "Farida". On va s’engager dans des processus d’apartheid », met en garde l’ex tête de liste du Front de gauche.

Vigilant également sur la question de l’éducation puisque des élus FN pourront siéger dans des Conseils d’écoles, « on ne laissera passer aucun glissement fasciste », tonne-t-il.

Pas très loin, Garo Hovsepian ex-Maire de secteur PS ne décolère pas devant les caméras après l’intervention de Richard Miron (UMP) qui sonnait très peu « droite républicaine ». « Miron c’est un fasciste, Ravier c’est un fasciste et les gens ont préféré l’original à la copie ! », s’emporte-t-il.

« Empêcher les mauvais coups qui se préparent »

Au côté de Samy Johsua qui juge « stupéfiante l’offre de service faite à Ravier par Richard Miron », Marion Honde (PCF) n’a pas le visage des meilleurs jours. « En tant que petite fille de déporté politique, la pilule est difficile à avaler », confie-t-elle en préambule. L’élue communiste promet de tout faire pour empêcher « que l’action associative, caritative ou humanitaire soit pénalisée par le Front national. »

« Qu’ils aient voté pour nous ou non, les gens peuvent compter sur les communistes et les militants du Front de gauche pour s’engager avec eux et changer ces deux arrondissements qui subissent la double peine : UMP à la
Mairie centrale et FN à la Mairie de secteur »
, rappelle-t-elle.

Questionné sur l’idée d’un comité de vigilance qui germe depuis quelques jours, Samy Johsua répond : « c’est une initiative d’origine syndicale qui devrait voir rapidement les partis politiques de gauche et les associations s’unir pour faire la liste des mauvais coups potentiellement préparés par la Mairie FN et les empêcher ».

Léo Purguette (La Marseillaise, le 12 avril 2014)

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