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Idées. Regard sur une violence occultée

Les sociologues Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon sont à Martigues ce soir pour une rencontre-débat sur leur dernier livre, « La violence des riches ».

Révélés au « grand public » par leur ouvrage « Le président des riches » consacré à un certain Nicolas Sarkozy, Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon n’en sont pas à leur coup d’essai en matière d’analyse sociologique de la grande bourgeoisie. On peut même dire qu’ils arpentent les « beaux quartiers », de Paris notamment, depuis de nombreuses années.

Avec leur dernier livre, « La violence des riches », sous-titré « Chronique d’une immense casse sociale »(*), qui sera présenté ce soir à la librairie L’Alinéa à Martigues, les deux auteurs ont voulu dévoiler une forme de violence occultée et méconnue. Et prendre d’une certaine manière le contre-pied de la phrase de François Hollande prononcée lors du fameux meeting du Bourget, sur cet ennemi qui « n’aurait pas de visage » : la finance. Pour Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, la finance a bel et bien un visage. Chaque processus social a ses acteurs et l’économie n’a rien d’une loi naturelle.

Au fil de leurs enquêtes, les deux sociologues ont appris à fréquenter ce monde de « l’entre-soi », ses clubs, ses coteries… et son idéologie « trans-courants » qui permet à certains de se mettre aussi bien au service de gouvernements de droite que socialistes. Très documenté, l’ouvrage « La violence des riches » est inscrit dans une certaine tradition de la sociologie critique qui utilise des outils de Pierre Bourdieu. « Cela reste un travail de sociologie, mais engagé, un diagnostic extrêmement inquiétant de la société française, sur cette guerre des classes des plus riches qui ont fait sécession », résume Monique Pinçon-Charlot. Où les sociologues ne s’interdisent pas de « faire des propositions pour que ça aille mieux » car « Michel dit toujours : "C’est comme un cancérologue qui poserait un diagnostic et que l’on empêcherait de soigner" ».

La finance, une autre planète

La « sécession » d’avec le reste de la société française peut se mesurer en quelques chiffres (le livre en fournit de nombreux) : en 2012, Gérard Mestrallet, PDG de GDF-Suez a perçu un « salaire » de 257.414 euros par mois en moyenne.

A ce niveau d’inégalités stratosphériques, la métaphore cosmique s’impose. Pour Monique Pinçon-Charlot, « les membres des classes moyennes et populaires ne veulent pas savoir ce qui se passe en haut, nous sortons de la projection de "Gravity", le cosmos est effectivement terriblement angoissant et ce qui se passe sur la planète finance fait peur aussi : des gens en apparence bien éduqués, en costume-cravate, capables de conduire la planète à sa perte »

Pourtant, « les nouveaux maîtres du monde sont faits de chair et de sang, mais aussi de pierres de taille, d’espaces verts, de beaux quartiers, ce que nous appelons le social objectivé » écrivent-ils.

D’où vient le sentiment de vertige et d’impuissance qui peut étreindre les meilleures volontés soucieuses de réduire les inégalités ? « La démocratie française étant devenue censitaire, les candidats appartenant déjà aux élites, et les électeurs les plus modestes n’allant plus voter, cela explique que l’oligarchie puisse produire un libéralisme de gauche après le règne d’un libéralisme de droite », soulignent les deux auteurs. A cet égard, les lecteurs découvriront des passages d’un livre, « La gauche bouge », écrit en 1985 par des responsables du PS : « Finis les rêves, enterrées les illusions, évanouis les chimères. Le réel envahit tout. Les comptes doivent forcément être équilibrés, les prélèvements obligatoires abaissés […]. »

L’un des quatre auteurs de ce livre publié sous un « pseudo » collectif (Jean-François Trans), à l’époque « conseiller référendaire à la Cour des comptes et maître de conférences à Sciences Po », s’appelait… François Hollande.

Jean-François Arnichand (La Marseillaise, le 21 novembre 2013)

(*) Paru aux éditions « Zones » (La Découverte). Rencontre avec les auteurs à la librairie L’Alinéa (Martigues) ce soir à 19h00, en partenariat avec les éditions La Découverte.

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