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Le 16 mars. La Marseillaise refait son look

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La Ciotat. Un acte de résistance

A la veille du débarquement de troupes alliées en Provence, les chantiers navals ont organisé un mouvement de grève générale. Une insurrection à l'origine de la libération de la ville.

Il y a 69 ans prenaient fin les années sombres du régime de Vichy et de l'occupation de la France par les nazis. Marseille et la Provence retrouvaient leur liberté et s'ouvrait une page de progrès social et démocratique sans précédent sous l'impulsion donnée par Conseil National de la Résistance dans son programme.

« La Marseillaise », journal né un an plus tôt dans les combats de la Résistance, revient en quatre épisodes sur ces jours qui marquèrent l'Histoire.

Aujourd'hui, l'insurrection de La Ciotat et la commémoration de la Libération d'Aix.

Mardi 8 août 1944, la colère gronde lentement dans les chantiers navals. Les problèmes de ravitaillements se font de plus en plus fréquents. Le premier août déjà, les services de ravitaillement annonçaient qu'aucune viande ne serait distribuée jusqu'à nouvel ordre, sauf pour les « travailleurs de force » et les grands malades. Quelques jours après, il n'est même plus question de viande. Ce mardi, il n'y a ni pain ni farine. Le soir enfin, grâce à un camion, envoyé par la Mairie, le pain est distribué. Mais les chantiers ne décolèrent pas et le syndicat CGT a déjà déclenché une grève générale, lancée par des coups de sifflet. La veille, à la nuit tombée, la dernière réunion syndicale clandestine était organisée rue Delacour. « Nous nous sommes réunis chez Eugène Pellegrini à la cité ouvrière pour déclencher une grève générale qui allait conduire à l'insurrection » confiait Joseph Carmagnolle, délégué syndical CGT des chantiers dans un témoignage écrit portant sur les événements qui allaient conduire à la libération de la ville.

Voilà comment a commencé un vaste mouvement de rébellion. Les commerçants décident de prendre part à l'insurrection et se joignent au mouvement de grève dans l'après-midi. Le commandement local des troupes d'occupation, avec à sa tête le capitaine Friket, réagit rapidement et fait savoir aux grévistes que le blocage doit cesser et que si tel n'est pas le cas, certaines mesures de répression seraient prises : familles évacuées, menace de travail obligatoire. « Les voitures radio ont annoncé l'arrestation des "meneurs" », raconte Joseph Carmagnolle, « et ont invité à la reprise du travail. Le lendemain, mandaté par la direction syndicale, j'ai pris la parole pour démentir l'arrestation ». La grève se poursuit.

Menaces d'arrestation, intimidation et répression

Les allemands décident alors de faire appliquer les mesures répressives qui avaient fait office de menaces la veille. Entre autres, un couvre-feu est instauré de 19 heures à 7 heures, tous les bars et restaurants sont fermés, tout rassemblement de plus de deux personnes est interdit sur les voies publiques, chaque jour cent nouvelles familles seront évacuées tant que la grève se poursuivra… En tout, treize dispositions, auxquelles sont ajoutées, en début d'après-midi, trois autres de la Feldkommandatur de Marseille énonçant que « le travail doit reprendre aujourd'hui 9 août à 15 heures », et que dans le cas contraire, « les grévistes seront arrêtés et cent familles seront évacuées sans bagage ». A de rares exceptions près, la grève perdure malgré la rafle orchestrée par les troupes allemandes dans les rues. Le jeudi 10 août, la répression s'accentue. « Une chasse à l'homme est organisée en ville dans les bars et les boulodromes. Des centaines d'adultes sont enfermés dans le cinéma Kursaal et dans le local à bateaux du port des Capucins », témoignait le responsable CGT des chantiers. On ordonne aux habitants de déposer avant midi les postes de radio à la Kommandatur, qui siège à l'hôtel Miramar Les Allemands passent alors à l'intimidation, « plusieurs familles présentes comme otages pour être déportées ont défilé à pieds entourées de soldats pour intimider la population ». Le 11 août, la Kommandatur, voyant le calme revenir, décide la levée totale des mesures répressives, à condition que lui soient remis tous les postes de radios des grévistes.

L'insurrection se calme soudainement lorsque les Alliés bombardent La Ciotat dès le 11 août au soir. Bilan humain des bombardements : 21 morts et 1.300 sans abris. Le bilan s'alourdit si l'on comptabilise l'ensemble des décès lors des combats sur le front. Jusqu'à la Libération, soixante-dix ciotadens sont tombés et trente cinq ont été déportés. Aujourd'hui et demain, La Ciotat rend hommage à ses enfants qui l'ont libérée. Il fait partie du devoir de mémoire d'honorer ceux qui ont lutté « pour la France jusqu'au bout ».

Pierre-François Yves avec Cédrelle Eymard-Duvernay (La Marseillaise, le 19 août 2013)

Le syndicat des retraités CGT des chantiers navals organise ce matin dès 10h30 au chantier naval une commémoration pour les Metallos morts pour la France.

Aix-en-Provence. Déjà libre à l'arrivée des Alliés

La commémoration de la libération de la ville aura lieu cet après-midi en présence des élus locaux.

Lorsque la 3ème Division d'Infanterie des Etats-Unis commandée par le général O'Daniel entra dans Aix par le Pont de Béraud le 21 août 44, la ville était déjà libérée. La veille, les Résistants locaux avaient pris la Mairie d'assaut, et délogé l'édile Vichyste, pour proclamer au balcon du bâtiment la libération de la commune. Marie-Thérèse Claverie n'avait que 4 ans, et les souvenirs de cette journée se sont effacés, mais pas la certitude -ancrée par les témoignages de son père et de son beau-père, membres de la Résistance provençale- que les Alliés n'avaient plus qu'à enfoncer le clou et entrer dans la lumière. Et dans l'Histoire. « Ceux qui ont libéré Aix, ce sont les Résistants » insiste celle qui aujourd'hui, est Présidente Départementale de l'Association Nationale des Anciens Combattants et Amis de la Résistance (ANACR). « Ils ont pris la Mairie » poursuit Marie-Thérèse. « Ils ont connu ce bonheur-là, cette fierté de nommer à la tête de la ville des personnes issues de la Résistance ». Mais loin d'elle l'idée de minimiser le rôle des Alliés dans cet épisode : « Pour tout le monde, y compris pour nous, la vraie date de la Libération à Aix, c'est celle du 21 pour célébrer le moment où les Américains sont arrivés. Ce qui n'empêche pas l'ANACR de célébrer "en privé" », sourit Marie-Thérèse, la journée officieuse, celle où les Aixois opposés à la capitulation ont eux-mêmes délivré leur ville. « Avant, chaque année, on faisait le périple : on allait déposer un bouquet sur chaque stèle du Pays d'Aix. Mais depuis l'an dernier compte tenu de l'âge de nos adhérents, on choisit plutôt de tous se réunir devant le monument de la Résistance, au cimetière Saint-Pierre ». Cette cérémonie s'est déroulée hier. La commémoration officielle », quant à elle, se tiendra aujourd'hui à 17h devant la stèle érigée en hommage à la 3ème division US, dans le quartier du Pont de Béraud en présence des élus locaux. Enfin, un autre dépôt de gerbes est prévu demain à 11h15 place des Martyrs de la Résistance, et à 18h30 au Monument aux morts des Milles.

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