Fédération des Bouches-du-Rhône

Fédération des Bouches-du-Rhône
Accueil
 
 

Les candidats du Front de Gauche aux législatives écrivent au Ministre de l'Éducation

 
 

Les candidats au nom du Front de Gauche aux élections législatives, dans le département des Bouches du Rhône

À

Monsieur Vincent Peillon

Ministre de l’Education nationale 

110, rue de Grenelle

75007 PARIS

Marseille, le 6 juin  2012

LETTRE  OUVERTE

Monsieur le Ministre de l’Éducation nationale,

Etant candidats au nom du Front de gauche dans ce département, nous rencontrons sur le terrain l’espoir que la gauche ne déçoive pas sur la question éducative. Cibles privilégiées de la révision générale des politiques publiques, l’éducation et la culture ont subi une saignée sans précédent. Le bilan de cette politique dressé par le Conseil économique, social et environnemental en 2012 est sans appel : notre système éducatif a cessé d’être un facteur de réduction des inégalités pour devenir responsable de leur aggravation.

L’heure est aux choix.

Nous pensons qu’il y a une nécessaire articulation entre les mesures d’urgence que doit prendre le gouvernement et la construction d’une école qui affirme la capacité de tous à apprendre et réussir !

L’urgence c’est la rentrée scolaire 2012, elle doit se faire dans de bonnes conditions : priorité au combat contre l’échec en recréant les 2500 postes de RASED supprimés cette année, en relançant dès maintenant la formation d’enseignants, en commençant par rétablir l'année de stage à mi-temps pour les lauréats du concours 2012 et en rétablissant dès la rentrée les postes supprimés dans la dernière vague, en maternelle, élémentaire, collège et lycée, le rattrapage des suppressions des années précédentes devant se faire au cours des rentrées prochaines. 1000 postes d’enseignants ne suffiront pas à répondre aux urgences de recrutement, dès septembre 2012, dans l’éducation prioritaire 1° et 2° degré, les zones rurales et les lycées professionnels qui ont été les plus touchés. Ouvrir les listes de recrutement en faisant établir des listes complémentaires, élargir le contingent de recrutement des enseignants contractuels qui ont passé le concours interne en 2012, voilà qui pourrait permettre d’y répondre.

L’Éducation Nationale compte plus de 100 000 personnels précaires. Affirmer la défense d’un service public national d’éducation, c’est affirmer haut et fort que les destins des élèves et des professionnels sont liés. La précarité affecte tous les aspects de la vie des personnels, elle affecte les conditions de travail et le contenu du travail. Nous pensons que la tâche d’un gouvernement de Gauche est de titulariser la totalité des personnels précaires dans le respect total du statut de la Fonction publique d’Etat et du statut des enseignants.

Dans notre département la décision de supprimer tous les postes de maîtres G (rééducateurs) et 66 postes de maîtres E a fait voler en éclat le dispositif RASED, collectif de travail d’enseignants spécialisés, indispensable pour éviter le décrochage scolaire, marquant ainsi une volonté politique d'abandonner les enfants les plus fragiles. Il y a urgence à remettre tous les postes de RASED : L’école est un droit, c’est le devoir de l’école d’aider les élèves. Et l’aide spécialisée c’est, à l’école, un métier.

L’urgence, c’est la lutte contre la reproduction des inégalités sociales.

Dans notre département la scolarisation des enfants de 2 ans et 3 ans en maternelle est en recul. Véritable école, et non simple garderie, elle a un caractère décisif et reconnu dans la réussite scolaire et dans la prévention et la lutte contre la reproduction des inégalités sociales. Elle doit donc être défendue et relancée par un projet ambitieux, afin que chaque enfant, dès l’âge de 2 ans, puisse disposer d’une structure publique, gratuite et laïque, fondée sur un apprentissage adapté aux spécificités de cette classe d’âge. L’école maternelle doit préparer tous les enfants à une longue scolarité. Nos parlementaires ont déjà déposé une proposition de loi visant à garantir un droit à la scolarisation des enfants dans les écoles maternelles dès l’âge de deux ans.

Dans notre département l'expérimentation CLAIR, malgré l'opposition des enseignants et parents d’élèves, a été généralisée au programme ECLAIR. Avec ECLAIR, véritable laboratoire de la dérèglementation des programmes scolaires et contenus de formation, des droits des personnels, et du service public d’Education Nationale dans son ensemble, la droite a définitivement abandonné la lutte contre les inégalités scolaires et sociales. Une volonté politique de reléguer les écoles, collèges et lycées des Zones d’éducation prioritaire comme des établissements de seconde zone qui concentrent les « pauvres »  à qui l’on propose une « pauvre éducation » afin qu’ils restent à leur place, qu’ils ne se révoltent pas, qu’ils deviennent une force de travail peu qualifiée mais employable au besoin. Nous pensons que l’arrêt du programme ECLAIR et  la mise en place d’un plan d’urgence et d’ampleur au service de la réussite de tous dans les écoles, collèges et lycées des Zones d’éducation prioritaire serait un acte fort pour la jeunesse. Les jeunes des quartiers populaires ne peuvent pas attendre. Nous pensons qu’il est urgent de rompre avec les logiques de «  mérite » qui visent à promouvoir  les «  bons pauvres »  dans des lycées d’excellence et d’agir pour que  tous les établissements scolaires aient les moyens de faire réussir tous les élèves. Nous ne voulons pas de « l’égalité des chances », l’école ne doit pas être le lieu d’une compétition où chacun a ses « chances » mais un espace de coopération et d’égalité d’apprentissage où les élèves apprennent ensemble, construisent ensemble avec leurs différences.

Nous demandons la suppression du fichier « base élève », outil servant au fichage de la population scolaire dès son plus jeune âge. Son caractère national laisse la porte ouverte à toutes sortes d’extensions échappant aux préoccupations pédagogiques des professionnels ne se justifie en aucune manière.

Dans notre académie, 1000 élèves de moins qu’attendu ont été scolarisés en Lycée Professionnel en 2011 et ce chiffre pourrait atteindre 2000 en 2012. Les lycées professionnels ont permis à un grand nombre de jeunes d’accéder à une qualification et de poursuivre des études. La réforme du bac professionnel en 3 ans (contre 4), suppression d’une année de formation dans le cursus, éloigne des lycées professionnels les publics habituellement scolarisés dans cette voie. Que sont devenus ces élèves, parmi les plus fragiles ? Privilégier l’apprentissage, supprimer des matières d’éducation générale, opérer un transfert complet de l’État vers les Régions… sont des choix politiques qui ne correspondent pas à notre vision de l’éducation ; « une élévation continue du niveau culturel de l’ensemble de la nation » comme le préconisait le plan Langevin-Wallon. Nous pensons que les enseignements techniques, professionnels et généraux doivent être d’égale qualité et ambition. 

La loi Carle prévoit l’obligation pour les mairies de financer les écoles privées, souvent confessionnelles, y compris celles situées dans d’autres municipalités si un enfant originaire de sa commune y était scolarisé. En septembre 2009, la Gauche dans son ensemble s’était mobilisée contre cette loi parce qu’en plus d’atteindre gravement à la laïcité et à la libre administration des collectivités territoriales, ce texte affaiblissait profondément le service public et pouvait entraîner des fermetures de classes, notamment en zone rurale et dans les quartiers populaires. Nous pensons que l’abrogation de la loi Carle marquerait une forte détermination de la Gauche à défendre le service public d’éducation national ; l’école laïque publique et gratuite. 

La loi n° 2007-1199 du 10 août 2007 relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU) a contribué à détruire les fondements du système éducatif français par la mise en concurrence des universités et des étudiants. Cinq ans après son adoption, son bilan est désastreux : pénurie, suppressions de postes, précarité, affectation de l'essentiel des moyens à quelques grands pôles universitaires, délaissant le plus grand nombre des universités et des étudiants … L'autonomie des universités telle que conçue par cette loi est un danger tant pour le fonctionnement financier que démocratique des universités. Renforcée par les initiatives d'excellence, la LRU a achevé la rupture avec le principe d'égalité territoriale et du cadre national des diplômes. Nos parlementaires ont déposé au Sénat le 23 mai dernier une proposition de loi visant à supprimer cette loi qui, loin de répondre aux besoins des universités, a définitivement rompu avec la vision républicaine de l'enseignement supérieur.

Pour faire face aux défis auxquels l’école et la société sont confrontées, pour répondre aux aspirations de la jeunesse, il est temps de construire l’école de l’égalité, pour la réussite de tous, de mettre en chantier la préparation d’une nouvelle loi d’orientation scolaire avec tous les acteurs de la communauté éducative.

Nous pensons qu’instaurer la scolarité obligatoire de 3 ans à 18 ans et mettre un coup d’arrêt à la sélection précoce des élèves inscrit la politique éducative dans une volonté de porter pour l’ensemble de la jeunesse de notre pays,  la même ambition culturelle et la même ambition d’élévation du niveau de qualification. Il faut donc en finir avec la distinction entre le socle commun pour les uns et les programmes pour les autres, et enseigner à tous une culture commune fondée sur la réflexion et l’esprit critique. Tous les enfants sont capables d’apprendre. Lançons une nouvelle réflexion sur les programmes, pour qu’ils se fassent sur la base des enfants qui n’ont que l’école pour apprendre les savoirs et les raisonnements scolaires et donc inscrire dans le cadre scolaire la prise en charge de l’acquisition de cette culture scolaire. Créons les conditions pour que l’école se fasse à l’école, pour que cesse le transfert des missions scolaires vers les familles, les collectivités locales, les associations et le privé.
 
Les gouvernements de droite ont augmenté la part d’autonomie des établissements à travers le dispositif ECLAIR, la réforme du lycée et la loi LRU sur les universités. L’autonomie des établissements est présentée comme le moyen de répondre localement aux difficultés rencontrées par les élèves et les personnels. Les enquêtes faites montrent  que les effets de cette autonomie sont peu probants en terme de réussite scolaire mais accroissent fortement les inégalités scolaires et sociales. Il faut en finir avec la mise en concurrence des établissements, le recours aux financeurs privés et l’imposition d’une gestion managériale jusque dans les écoles. Ce n’est pas d’autonomie mais d’égalité qu’a besoin notre système éducatif : réussite scolaire pour tous et partout, reconnue par des diplômes nationaux.

Pour relever le défi de l’égalité d’apprentissage, il faut des enseignants formés disposant du temps et de la liberté d’esprit nécessaires à l’exercice de leur métier, sous statut de la fonction publique d’Etat, seul à même de garantir leur indépendance. Ils doivent avoir la  maîtrise de l’organisation de leur travail, la maîtrise d’une véritable liberté pédagogique ancrée dans une solide formation initiale et continue. Le développement de la recherche en éducation est essentiel. Comme les autres métiers, le métier d’enseignant ne peut s’exercer seul dans son coin. Le travail en équipe, y compris pluri professionnelle, est une nécessité. Il faut repenser le temps de travail des enseignants,  réduire le temps d’enseignement (sans réduction de temps pour les élèves) et augmenter le temps pour réfléchir, penser, agir collectivement. Contre la pénurie et l’exhortation à faire de la productivité éducative avec moins de moyens et plus d’élèves, il faut un plan d’embauche sur le long terme pour pouvoir accueillir de la maternelle à l’université dans de bonnes conditions les générations toujours plus nombreuses du fait de la natalité.

Pour financer cette loi d’orientation, il est indispensable de marquer un tournant, par rapport aux politiques de rigueur menées par la droite. Il ne sera pas possible de satisfaire les appétits sans fin des marchés et répondre aux besoins humains en éducation. Il va falloir choisir.

Pour nous, candidats Front de Gauche, le choix est clair. Nous voulons en finir avec les hésitations et les tergiversations qui alimentent le désespoir. Parce que nous plaçons l’Humain au cœur de nos préoccupations nous considérons l’éducation de la jeunesse comme un investissement d’avenir et d’espoir.  Nous voulons reprendre le pouvoir sur notre argent pour construire une école qui donne aux personnels, aux parents d’élèves et aux jeunes toute leur place et toute leur légitimité. Une école où enseignants, personnels éducatifs, respectés et revalorisés, ont les moyens de bien faire leur travail. Une école qui permet à tous les enfants de devenir des citoyens, libres de leur choix,  armés de culture et de connaissances.

Avec tous ceux et celles qui sont disponibles, c’est sur tout cela que nous nous engageons à agir dans le pays et à l’Assemblée nationale, afin de réussir le changement.

Dans l’attente, veuillez recevoir, Monsieur le Ministre l’expression de notre considération.

Les candidats au nom du Front de Gauche  aux élections législatives, dans le département des Bouches du Rhône

Catherine Bartoli et Geneviève Guinot  1° circonscription, Christian Pellicani et Véronique Rolando  2° circonscription,  Marie Batoux et Jérémy Bacchi  3° circonscription, Marie-Jo Cermolacce et Gilles Aspinas  4° circonscription,  Frédéric Dutoit et Magali Escot  5° circonscription , Anna Rosso-Roig et Jean-Marc Cavagnara  6 ° circonscription ,  Jean-Marc Coppola et Haouaria Hadj-Chick  7° circonscription, Hélène Le Cacheux et Olivier Lopez  8° circonscription,Pierre Mingaud et Sylvia Bonifay  9° circonscription, Yveline Primo et Patrick Pin 10° circonscription,  Patrick Magro et Anne Meslian  11° circonscription, Jean-Claude Labranche et Annie Berthollaz  12° circonscription, Gaby Charroux et Patricia Fernandez-Pédinielli  13° circonscription, Josiane Durrieu et Pierre Capell  14°circonscription, Stella Apeddu et Mireille Brémond  15° circonscription, Emanuelle Bonhomme et Jean-Michel Cabiac 16° circonscription.

Il y a actuellement 0 réactions

Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires.