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Placer le curseur à Gauche, toute

 
 

Après la campagne, premiers pas dans la réalité des licenciements et de la désindustrielisation. Gros plans sur les options, outils et… rapports de force à Gauche.

C'est dans le Sud que le Ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg a fait sa première sortie. Un premier essai sous tension car les attentes sont plus que grandes dans le domaine de l'emploi et de l'industrialisation. D'autant que le Gouvernement doit aussi composer avec une avalanche de nouveaux plans sociaux, ces derniers ayant été « gelés » durant la campagne électorale. Aux Fralib, Arcellor-Mittal et autres Pétroplus s'ajouteront probablement bientôt les salariés d'Air France, ceux de Carrefour, de PSA… Grande distribution, transports, automobile, mais aussi les banques : de nombreux secteurs sont touchés.

C'est un sujet où une vraie rupture est attendue avec la politique de Nicolas Sarkozy dont le mandat a provoqué la suppression de plus de 300.000 emplois. Un lieu où les effets d'annonce ne seront plus tolérés, les salariés étant échaudés par les gouvernements précédents qui n'ont jamais tenu leurs promesses. Il ne suffira donc pas d'annoncer un nouveau ministère à l'intitulé certes prometteur -redressement productif.

La formule semble cependant montrer que le PS a évolué depuis les propos de Lionel Jospin qui affirmaient aux salariés de Lu : « L'État ne peut pas tout ». Mais évolué jusqu'où ? Que peut et que veut faire la Gauche est une question cruciale. « La » Gauche, car les nuances entre les positions socialistes et celles du Front de Gauche sont importantes, les dernières pouvant peser sur les premières. Nul n'a encore dit que « l'État pouvait tout », mais l'homme choisi par Jean-Marc Ayrault pour être le « pompier » industriel marque une inclinaison à Gauche. C'est le tenant du « patriotisme industriel », de la « démondialisation », du « capitalisme coopératif ». La philosophie est de « garantir la poursuite des activités dans les grandes entreprises viables laissées à l'abandon par les industriels » comme l'a répété Arnaud Montebourg à Marseille. Du cousu main pour Fralib et ayant déjà fait l'objet d'une proposition de loi en avril dernier par François Hollande mais retoquée par l'UMP. Plus globalement, la stratégie affichée semble être celle d'anticiper les restructurations afin d'agir. Tout plan social faisant l'objet d'une négociation, le gouvernement entend peser. Pour les éviter, pour imposer le prix fort aux entreprises qui s'obstinent, pour les interdire… ?

Le PCF demande un moratoire

Une dernière option peu probable car le PS reste un parti réformiste. C'est même une des pierres d'achoppement avec le Front de Gauche et le Parti Communiste. Cela vient d'être affiché avec la lettre ouverte de Pierre Laurent à Jean-Marc Ayrault pour demander « un moratoire à effets immédiats sur les plans sociaux et licenciements jusqu'à l'entrée en fonction de la nouvelle assemblée nationale » et « l'inscription en priorité à l'ordre du jour de la rentrée parlementaire d'un débat sur les mesures anti-licenciements dès le début de la session ». Comme le remarque l'économiste du Front de Gauche, Jacques Généreux, le Parti Socialiste veut « rompre avec la Droite, lutter contre les plans sociaux, réduire les inégalités » mais « sans sortir du cadre actuel, celui de la libéralisation financière ». Le Front de Gauche opte au contraire pour une rupture radicale, où les licenciements boursiers seraient interdits via une autorisation administrative préalable et où les salariés pourraient peser dans, les négociations grâce à un droit de veto du Comité d'entreprise.

La politique du Gouvernement sera aussi liée à la pression, politique ou syndicale. Dans une intervention autour de son ouvrage "La stratégie du Choc", Naomi Klein rappelle qu'aux syndicalistes réclamant des progrès sociaux, Roosevelt répondait : « descendez dans la rue et obligez moi à le faire ». C'est ce qu'enseigne l'histoire des luttes. Les 10 et 17 juin, un nouveau rapport de force sortira des urnes. Ensuite, c'est aussi dans la rue que se jouera un monde plus juste.

Angélique Schaller (La Marseillaise, Le 26 mai 2012)

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