Le Président de l'Assemblée de Corse était hier à Marseille
Depuis 21 mois, Dominique Bucchini (Front de Gauche) est Président de l'Assemblée de Corse. S'appuyant sur une majorité plurielle, il conduit un profond travail au service de l'île et de ses habitants.
La Marseillaise. Quelles sont les raisons de votre séjour à Marseille en ce début d'année ?
Dominique Bucchini. J'ai participé à une soirée avec les Arméniens des Pennes-Mirabeau et j'ai également rencontré mes camarades du PCF ainsi que les syndicalistes de la SNCM. J'ai toujours grand plaisir à être à Marseille et j'en profite pour dire pace e salute à tous les lecteurs et amis de La Marseillaise.
La Marseillaise. Comment se passe votre présidence ?
Dominique Bucchini. De mon point de vue, elle se passe bien. Après un quart de siècle de présidence de droite, le peuple corse a choisi les forces de Gauche, dans toutes leurs diversités, et nous travaillons à la mise en œuvre d'une autre politique. Je peux comprendre certaines frustrations exprimant la volonté que le changement se fasse tout de suite mais il nous fallait le temps de nous mettre en place et, aujourd'hui, nous travaillons sereinement. J'œuvre pour le bien commun et en faveur du peuple-corse en étant fidèle à mes engagements d'élu du Front de Gauche et à mes convictions de communiste.
La Marseillaise. Sur quels dossiers avez-vous le plus avancé ?
Dominique Bucchini. Sur la question de l'énergie par exemple alors que nous nous souvenons qu'il y a quelques années, la Corse était restée deux semaines sans électricité. Notre plan énergétique est en cours. Nous avons plusieurs pistes, notamment innovantes et non-polluantes. Nous avons rencontré Henri Proglio, le PDG d'EDF, et nous étudions, entre autres, la piste du gazoduc entre l'Algérie, la Sardaigne et l'Italie. Nous avons, encore, bien travaillé sur les questions de démocratie et de citoyenneté, sur la défense de la langue corse, sur la lutte contre la spéculation foncière et la violence.
La Marseillaise. Vous parlez souvent de rupture avec la politique de la droite. Comment s'illustre-t-elle ?
Dominique Bucchini. C'est entre autres le cas avec les assises du foncier et du logement qui se sont traduites par la présentation d'une politique radicalement nouvelle et audacieuse. L'élue du Front de Gauche Maria Guidicelli y est pour beaucoup et elle s'attaque au Padduc (Plan d'aménagement et de développement durable de Corse. Ndlr) avec détermination pour obtenir le meilleur résultat possible selon sa méthode de participation citoyenne. Il faut aussi parler de la fiscalité plus juste incluant les gros patrimoines pour dégager de nouvelles recettes. Les riches doivent participer à l'effort collectif. Il me faut aussi parler de l'observatoire de la cherté de la vie que nous avons mis en place. En même temps, la politique de soutien à l'économie se veut plus exigeante en termes de contreparties sociales des entreprises vers les travailleurs. Nous nous engageons aussi à répondre au besoin de 8 500 logements sociaux qui se fait criant sur l'île. Nous avons mis en place un plan d'irrigation qui concerne 800 hectares. Dans notre action, nous avons en permanence à l'esprit la défense du service public.
La Marseillaise. Et le très sensible dossier de la continuité territoriale via les transports maritimes ?
Dominique Bucchini. Sur ce sujet qui concerne la Corse et Paca, je pense que ces deux Régions doivent encore se parler, comme elles l'ont déjà fait, pour obtenir de l'Etat ce qu'il nous doit, à savoir 3 millions d'euros par an. Il serait également utile et efficace que nos deux Régions s'adressent à l'Europe, dans une démarche commune, pour qu'elle prenne mieux en compte la spécificité de l'île. Il convient aussi de mettre un terme à plus.de 10 ans de concurrence effrénée et nuisible dans les transports maritimes entre l'île et le continent. Notre assemblée va une nouvelle fois être amenée à se pencher sur ce dossier dans peu de temps.
La Marseillaise. La Corse est-elle épargnée par la crise ?
Dominique Bucchini. C'est l'UMP qui disait que la crise n'atteint pas la Corse. Je m'élève contre cette idée. La crise fragilise encore plus la Corse et les Corses. Sur l'île, les prix alimentaires sont 9 % plus élevés que sur le continent et les salaires y sont inférieurs de 10%. Avec Paca, nous sommes une des toutes premières Régions en terme d'inégalités. Là aussi, à notre niveau et avec nos moyens, sachant que, comme toutes les Régions, notre capacité financière est profondément amputée par la politique gouvernementale, nous travaillons à promouvoir des solutions alternatives au libéralisme ravageur.
Propos recueillis par Michel Del Picchia (La Marseillaise, le 7 janvier 2012)
le 08 janvier 2012
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